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jeudi 11 août 2011

De Broome à Darwin

Me voici donc à Broome, un jour de début mai, prête pour la suite du voyage.
Qui m'accompagne ?
Je consulte internet, à la recherche de compagnons de route.

Rien.
Rien.
Et rien.

Heureusement, quelques jours plus tôt, sur une aire d'autoroute, j'avais rencontré Chloé, qui voyageait alors avec 2 gars jusqu'à Broome, où ceux-ci espéraient trouver du travail, alors qu'elle devait aller jusqu'à Darwin où elle sauterait à bord d'un avion.
Je l'avais recroisée deux jours après à Port Hedland, et on avait échangé nos numéros de téléphone. On devait se contacter à Broome si on ne trouvait pas d'autre solution chacune de notre côté.

Et comme, à Broome : rien ... quand Chloé m'a envoyé un message pour dire qu'elle venait d'arriver, je lui ai répondu : ok, on se voit pour discuter du voyage, et si on est d'accord, en voiture !


Je suis allée la retrouver près de la Library, et on est tombées d'accord.
On a décidé d'attendre le lendemain pour peut-être trouver une troisième personne pour le voyage. On a fait quelques courses, et on a cherché un endroit pour dormir.

Là, ça s'est un peu compliqué, parce que Broome, c'est mignon, oui, y a une jolie plage et tout, mais tous ceux avec qui on avait discuté nous ont dit que les rangers veillaient à ce qu'il n'y ait pas de backpackers campant partout.
Et puis Broome, c'est mignon, y a des jardins devant toutes les maisons, avec une petite allée pour garer la voiture... ce qui signifie qu'aucune voiture n'est garée dans la rue !
Pas terrible pour dormir en ville incognito...

La seule solution, c'était de trouver un hôtel avec des voitures garées devant, et de se poser là discrètement pour la nuit. (Genre : on dort à l'hôtel et on a garé notre voiture sur le parking)
Après un rapide tour de la ville, on a jeté notre dévolu sur un backpackers hostel, et l'option "discrètement" a été quelque peu mise en danger par une quinte de toux de ma part, sortie de nulle part...


On a finalement passé une bonne nuit, et le lendemain matin, j'étais réveillée comme d'habitude vers 6 heures avec le soleil. Chloé dormait encore, donc j'ai attendu en silence.
Quelques minutes plus tard, j'entendais des pas approcher du van. Faire le tour, toucher la Kirravelle. Et puis, une voix appelant : "Anyone in there ?"

Chloé s'est réveillée en sursaut, et un doigt devant la bouche, je lui ai fait signe de rester silencieuse. On a attendu sans presque respirer pendant un gros quart d'heure, jusqu'à être quasi sûres que le mec n'attendait pas devant le van.
Et, comme un seul homme, on a bondi à l'avant, et démarré en trombe.

On est allées prendre le petit déj à la plage où tout est interdit, Cable Beach, où on a discuté avec d'autre backpackers qui avaient dormi là et avaient été réveillés par une amende sans avertissement... Sympa !

Pendant la journée, on a vadrouillé dans Broome, entre un petit marché et les différents backpackers hostels et campings, pour trouver un troisième larron pour le voyage : en vain.

En fin de journée, on a donc décidé que, tant pis, on allait partir toutes les deux, et puis c'est tout.


Et on s'est lancées sur la route.
Il commençait à être tard, notre but était donc la première aire d'autoroute où il était permis de camper.

Comme on avançait de plus en plus et que le jour tombait, on s'apercevait de plus en plus que de chaque côté de la route, des feux brûlaient la végétation.
Des feux, qui restaient au ras du sol, mais sans personne pour les superviser. Dans un espace aussi vaste, où les villages sont autant éloignés, c'était un peu inquiétant.

Mais, arrivées à l'aire de repos, on a trouvé d'autres gens qui campaient déjà, alors on s'y est arrêtées, en campant pas trop près des arbres (juste au cas où).


Le lendemain matin lundi, on était toujours vivantes, et même pas roussies.




De bons steaks qui trainaient par là avaient aussi survécu.




Comme le steak me regardait de travers, on a sagement décidé de remonter dans le van et de poursuivre la route.

On est arrivées à Willare Bridge Roadhouse, une station de l'Outback...




L'Outback et ses distances ...



Sur ces 16 noms de lieux,
seuls 7 font référence à des villes assez grandes pour avoir une boulangerie...



Sur le chemin des toilettes, découverte de la déco locale ...



Sympa...



Et puis, en repartant de là, la Kirravelle a commencé à flancher.
Imperceptiblement d'abord, elle a commencé à déconnecter sur de très courts laps de temps.
Pour une demi-seconde, je sentais qu'il n'y avait plus rien sous la pédale d'accélération.

Et puis ça a commencé à arriver de plus en plus régulièrement.
Et par tirs groupés.

J'aurais pu imaginer une panne d'essence arriver, sauf que j'étais déjà tombée en panne d'essence, et je savais que ça ne se manifestait pas comme ça. Quel était alors le problème ... ?

La Kirravelle a quand même tenu laborieusement les 230 km qui nous séparaient de Fitzroy Crossing, où je me suis arrêtée à une station essence pour demander un garagiste. Une fois l'indication obtenue, j'ai redémarré à grand peine pour aller le trouver.


Après avoir écouté mes explications, il a jeté un œil au moteur et trouvé le fautif : le coil (traduction : bobine ? quelque chose en rapport avec le démarreur en tous cas...).
Il a trafiqué un peu, en a sorti un neuf de sa poche, l'a remplacé, et pour $20 nous a laissées repartir.

J'étais toute contente : $20 et le problème était réglé !
Imaginez, la dernière fois que j'étais passée au garage pour un contrôle de routine, j'en avais eu pour $300, et là que je ne démarrais même plus, c'était seulement $20 !


Dans le coin, il y avait un parc national qu'on avait envie d'aller voir, on a donc cherché le chemin. On s'est un peu égarées en route, mais ça nous a permis de voir des kangourous :




Et on a fini par y arriver : au Geiki Gorge Conservation Park.

A cause d'une saison des pluies tardives et donc de récentes inondations, le parc n'était que partiellement ouvert. On a tout de même pu emprunter un court chemin, qui disparaissait par endroit sous des glissements de sable, pour avoir un rapide aperçu des gorges.




On a mangé là avant de reprendre la route, et puis comme le jour déclinait, on est parties.
A quelques centaines de mètres de là, sur la route, il y avait un 4x4 arrêté avec des gens qui prenaient des photos.

Curieuses, on s'est arrêtées pour voir ce qui pouvait retenir leur attention, et, sur le côté de la route, dans le filet d'eau qui passait à travers la chaussée, il y avait un tout petit crocodile.




Du museau à la queue, il faisait peut-être la longueur d'un bras.
On était tous sortis des voitures, à le regarder et prendre des photos, et il ne bougeait que pour cacher un peu plus sa tête dans l'eau.

Comme on bloquait la route et qu'une autre voiture arrivait, il a fallu dégager.
Et 3 minutes plus tard, entre chien et loup sur cette petite route de campagne près des crocodiles, la Kirravelle expirait.
Mêmes symptômes que plus tôt dans la journée.
Ahh, $20, c'était donc trop beau pour être vrai...


Il faisait sombre, on était sur la route, et quelques minutes plus tard, une voiture arrivait.
Le gars qui en est descendu en râlant était apparemment un ranger.

Il a commencé par m'engueuler, qu'il fallait pas s'arrêter au milieu de la route comme ça, bla, bla, en plus à la sortie du virage, n'importe quoi, bla. Alors moi, je veux bien, je suis de bonne volonté, mais je me serais bien passée de tomber en panne à cet endroit... et de tomber en panne tout court !
Je lui ai expliqué l'histoire, en racontant que ça ressemblait à la même chose que le matin-même, et il a ajouté que, n'importe quoi, quand on avait une voiture qui avait des problèmes, on n'allait pas sur des petites routes reculées comme ça. A quoi j'ai répondu que non, ma voiture avait eu un problème, mais elle avait été réparée.

Ben oui, quoi, dites-moi si je suis naïve, mais quand on apporte la voiture chez le garagiste, on s'attend à ce qu'elle ressorte de là opérationnelle, non ?

Enfin bref, il a jeté un coup d’œil au moteur, a confirmé ce qu'on pensait, et nous a tirées avec un câble quelques mètres plus loin sur le côté de la route, derrière une barrière, pour qu'on soit en sécurité pour la nuit. En rentrant en ville, il allait prévenir le mécano, qui viendrait nous dépanner le lendemain matin.

L'air de la nuit était étouffant, alors on est restées un peu dehors, et puis on a commencé à se faire dévorer par les moustiques, alors on est rentrées dans le van. Mais certains d'entre eux nous avaient suivies.
On a donc procédé à l'élimination méthodique de tous ces effrontés. En restant silencieuses et immobiles, on les entendait voler, on les recherchait ensuite dans le faisceau de nos lampes de poche, puis il fallait les claquer.

Une fois la mission accomplie, on a passé une nuit tranquille, au milieu de nulle part, juste à la sortie d'un parc national, sans même craindre d'être réveillées par le ranger, puisque c'est lui-même qui nous avait donné sa bénédiction pour camper là...




Le lendemain matin, des kangourous gambadaient gaiement autour du van.

On a attendu le mécano, qui est venu bricoler le démarreur pour qu'on puisse ... démarrer, et le suivre jusqu'à la ville. Là, il nous a donné rendez-vous pour 2 jours plus tard, puisqu'il fallait changer la pièce, et qu'il fallait faire venir la pièce de Perth...

2 jours à Fitroy Crossing.
... Découragement suprême.

Fitroy Crossing, en termes de divertissement quand on ne peut pas se déplacer en voiture, c'est : un petit supermarché IGA, une library, et puis voilà.

On a décidé de passer une nuit dans un camping, pour avoir des douches et un endroit où rester.
Dans le camping, il n'y avait que nous.




Du coup, on s'est installées au milieu.
Et puis dans les douches - toilettes, il n'y avait pas la queue.
Et le soir, on n'a pas été embêtées par des voisins qui auraient pu parler un peu trop fort.




Non, il n'y avait que nous.
Et les grenouilles.




On a donc passé toute cette journée du mardi au camping, à faire de la lessive, à lire, à ne rien faire de particulier.

Le lendemain matin, il a fallu partir du camping, et on a passé la matinée à la library.
Puis l'après-midi entre le parking de la library, l'IGA et le parking de l'IGA. Où on a dormi.
Et personne ne nous a réveillées pour nous en déloger.


Le jeudi, jour tant attendu, on était à l'heure dite devant le garage. Il avait reçu la pièce, il fallait lui laisser deux heures, et on pourrait revenir récupérer le van.

Alors on est allées se balader à l'IGA (wouhou).
Deux heures plus tard, je me délestais d'une coquette somme, en contrepartie d'une Kirravelle, cette fois, bien opérationnelle.

Et dans les cinq minutes suivantes, sans perdre de temps, on repartait sur la route !




Et on a roulé.
Le dimanche soir, il fallait être à Darwin, où Chloé avait son avion. Et il restait 1500 km...

1500 km dans le désert australien.

Comment est-ce que c'est, alors, le Nord, le désert, loin de la mer ?
D'abord, il fait chaud, mais pas si chaud que ça la nuit. Et puis la nuit, y a des moustiques, qui ne piquent que moi (mais qui ne se privent pas).
Ensuite, c'est pas un désert de sable. Il y a des herbes, et des arbres. Mais pas trop grands, et pas trop verts. Et raisonnablement clairsemés.
Des fois on voit des serpents au milieu de la route.
(des fois des bébés crocodiles, aussi...)

Et puis y a des vaches.




Et c'est là qu'il ne faut pas s'endormir au volant, parce que les vaches, assez souvent, on les trouve sur la route (et c'est pas des demi-portions)...




Sinon, dans le Nord-Ouest de l'Australie, il y a une région qui s'appelle le Kimberley, et il y a des baobabs là-bas.



(moi j'aime bien les baobabs)


On trouve aussi sur le bord de la route, des crapauds desséchés, et même pas aplatis.
A se demander comment et pourquoi ils sont arrivés là. Et se dire qu'on aurait aussi pu finir séchées et pas aplaties si on était restées plus longtemps à Fitzroy Crossing...




Donc voilà, on a roulé, tout le jeudi (et le jeudi soir, on a dormi sur une aire d'autoroute déserte et perdue, et au milieu de la nuit, Chloé qui dormait dans sa tente est venue frapper à la porte du van car il y avait des chevaux sauvages qui trainaient dans les alentours, et qui étaient venus jouer tout près d'elle. Elle demandait donc asile...).

Et puis le vendredi dans la matinée, on est arrivées à Kununurra.
Là, on a cherché des douches, et pour moins cher, on a trouvé une piscine.
Donc on a sauté dedans.

Quelques longueurs de nage, lire un peu à l'ombre des parasols, c'était bien rafraîchissant.

Ensuite, on est allées se balader au Hidden Valley National Park, le parc national de la vallée cachée, qui est en lisière de la ville.
Là encore, le chemin de rando le plus intéressant était fermé, on a du se contenter d'une brève marche, qui nous a cependant permis de voir quelques fleurs, et un lointain aperçu de la vallée.







Le soir même, quelques dizaines de kilomètres plus loin, on passait dans le Northern Territory, le 6ème état australien que je visitais, et le seul état à autoriser par endroits une vitesse maximale de 130km/h.




Comme les journées se sont passées essentiellement sur la route, voici quelques paysages du lendemain, en roulant vers Katherine le samedi :



Pelé



Enfumé !

Il faut savoir que, afin d'éviter des incendies ravageurs et incontrôlables, les pompiers australiens brûlent régulièrement des parties entières de végétation.
Je ne sais pas trop comment ils font cela, mais des zones bien ciblées sont brûlées, les flammes n'atteignant pas les arbres, mais se contentant de consumer lentement toute la petite végétation du ras de sol.




Et pendant toute ma traversée du Nord de l'Australie, j'ai vu ces feux assez régulièrement.

Le soir, le soleil couchant envoyait ses rayons horizontaux à travers une atmosphère épaissie par la fumée.




Cela donnait des couleurs différentes, mais magnifiques.




Le dimanche, dernier jour de route, on s'est arrêtées au Litchfield National Park, dernier stop avant Darwin.

Il y avait là un champ de termitières, appelées Magnetic Termite Mounts, tout simplement parce que ces termites (il en existe différentes sortes) bâtissent leurs palais en fonction de l'orientation magnétique, et utilisent ainsi le soleil pour les chauffer efficacement.

Grâce aux différents panneaux d'information, j'ai également appris que les termitières résistent aux inondations et aux incendies.




Certaines sont d'une taille impressionnante.




Un peu plus loin dans ce parc national, on tombe sur des cours d'eau agréables, où il est possible de se baigner.




Et d'autres, où c'est déconseillé...




Pourquoi donc, hein ... ?




Oh, mais qu'y a-t-il dans le cercle ? Petit zoom ...




Un crocodile...
Alors bon, c'est pas le pire de tous.
J'étais juste sur un ponton deux mètres au-dessus de lui, mais il n'y avait guère de crainte à avoir.

En effet, il existe deux sortes de crocodiles : le freshwater crocodile, ou freshy, vit dans les cours d'eau douce. Son museau est fin et allongé. L'homme ne fait pas partie de sa liste de course, mais il ne vaut mieux pas nager dans ses eaux : il protège tout de même son territoire...

C'en était un.

On verra la deuxième espèce de crocodile dans une autre histoire...





Donc voilà, les Wangi Falls étaient interdites à la baignade, et on comprend pourquoi.

A la place, on avait le droit d'aller faire une petite balade dans la forêt.




Non loin de l'entrée du chemin, un panneau d'information recommandait tout de même, si on l'empruntait de bon matin, d'être attentifs aux possibles toiles d'araignées en travers du chemin... Un petit descriptif de l'araignée concernée suivait, peu engageant...

J'y suis quand même allée, en regardant bien autour de moi.

Au retour, je suis repassée près du freshy.
Visiblement, quelqu'un avait balancé une bouteille (très intelligent, ça), et il avait un peu bougé.




Je lui ai dit bye-bye, je me suis retournée et ai regardé de l'autre côté du ponton.
Là, dans l'eau, j'ai vu un serpent onduler.



normal

Décidément, il ne fait pas bon se baigner aux Wangi Falls !


Comme l'heure avançait, il a fallu partir.
Un peu plus tard, on arrivait à Darwin.




J'ai conduit Chloé à l'aéroport, et puis je suis allée au Mindil Beach Market, un marché de nuit près d'une plage.




Le soir, après avoir un peu tourné, j'ai trouvé un immeuble d'appartements avec quelques voitures garées en bas, et sous un arbre, au milieu, il y avait une place.

Malgré la chaleur ici étouffante dans la nuit noire, malgré le bruit irrégulier des branches de l'arbre contre le toit de la Kirravelle, j'ai fini par m'endormir...





2000 km - 8 jours - 1 panne - 2 jours d'ennui - 1 piscine
2 crocodiles - quelques serpents - quelques kangourous - beaucoup de vaches
$20, et beaucoup d'autres

4 commentaires:

  1. merci Mayon pour cette suite, je l'attendais. bises

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  2. A la fin il faudra nous montrer la carte avec le trajet total ! C'est impressionnant tous ces kilomètres.

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  3. A la fin, il faudra que tu imprimes tous ces articles sur du beau papier photo, ça te fera un magnifique souvenir !

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  4. Florence, merci :)
    Bibsa : je note
    et
    Emma : devine quoi, ma môman elle a eu la même idée et elle l'a mise à exécution :D

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