On était encore à plus de 600 kilomètres du but, pour 7 jours restant.
De bon matin sur la route, c'est l'instant propice pour apercevoir des kangourous...
Un peu plus loin, on est arrivés à Coffs Harbour, où l'on a trainé chacun de son côté au marché. J'y ai discuté avec une française installée là, puis on est allés sur la jetée admirer les surfeurs qui se battaient contre les belles vagues en contrebas.
Liam aimait bien le coin et aurait aimé y rester quelques jours, j'ai du lui raconter mes mésaventures, lors de mon passage six mois plus tôt, pour trouver un endroit où dormir : impossible.
On a enfin pu décoller de là le soir venant, après avoir passé la journée à trainer.
Au passage pour sortir de la ville, on s'est arrêtés au Woolworth pour faire le plein de pain à prix réduit (le soir, comme ils jettent toute la boulangerie, ils baissent les prix).
Lors de mon premier passage dans la région, je m'étais arrêtée à Bellingen, une ville un peu hippie en retrait de la côte. J'était sûre que ça plairait à Liam, on s'est donc dirigés par là pour trouver où dormir.
On s'est posés sur une petite aire de repos, près d'un champ.
Au matin, le spectacle était presque irréel, paysage enveloppé de brume cotonneuse...
C'était superbe et mystérieux.
Finalement, Liam n'a pas aimé Bellingen. Après l'avoir traversée en voiture, on a fait demi-tour sans même s'y arrêter.
En suivant les indications qu'un surfeur sympathique m'avait données juste avant mon départ sur la route, longtemps auparavant, à Sydney, on est arrivés à Scotts Head. Le matin était encore frais.
Pendant que Liam allait surfer, moi encore un peu malade, je suis restée sur le bord à regarder ce qui se passait à l'eau.
J'avais pris mon bouquin et je profitais de la matinée, en surveillant de temps en temps la baie, et soudain, à ma stupéfaction, j'ai vu des dauphins, plusieurs, une petite famille, qui s'amusaient au milieu des surfeurs.
C'était fou !
On entend parler de ces choses, mais avant de les voir, ça résonne toujours un peu comme un mythe.
Et puis les dauphins, après une petite demi-heure de surf dans les vagues, sont partis plus loin, et moi, après m'être pris le soleil en pleine poire pendant une grosse partie de la matinée, je suis retournée au 4x4.
Comme Liam ne revenait pas, j'ai fini par manger sans lui.
Et puis j'ai commencé à m'ennuyer ferme.
Après encore un bon moment, il est revenu, il a mangé, et il est reparti.
(fureur)
A force de m'ennuyer, j'ai fini par découvrir non loin des sanitaires avec douches (froides, tellement froides !) et des cabanes de pique-nique où il y avait des prises électriques qui marchaient, j'ai alors pu recharger mon ordinateur (hourraaaa !) et m'installer pour regarder un film.
C'est bien sur à peu près le moment qu'il a choisi pour revenir, juste alors que je venais de me trouver une occupation satisfaisante. On a donc partagé les écouteurs pour regarder le film (wouhou).
C'était déjà le soir, on a mangé là, et repris la route pour quelques kilomètres, s'éloigner pour trouver une aire de repos.
Le lendemain, le nutella avait gelé pendant la nuit.
Pendant que je me faisais mes tartines à l'arrière, Liam était réfugié à l'avant, et a allumé le moteur pour pouvoir mettre le chauffage (wouhou !). Hélàs, les gaz d'échappement que je me suis pris dans la tronche n'ont pas dégelé mes pieds. Pourtant, avec l'air froid et solide de ce matin-là, le nuage est resté immobile, grandissant à chaque instant autour de moi. Il aurait presque pu m'envelopper tel une chaude couverture, mais non. Il faisait froid.
Le nutella était gelé, et mes doigts blancs.
(et mes poumons encrassés)
(et ma fureur de retour)
A quelques kilomètres de là, on a bifurqué vers South West Rocks, où les vagues n'étaient que de ridicules ridules à la surface de l'eau. Pas question donc de surfer (hourraaa !).
On a trouvé dans le coin un espace de camping, où l'on s'est arrêtés pour la matinée.
Pour un dollar, l'eau de la douche était chaude (joie).
Le soleil chauffait doucement le dos, et des kangourous en profitaient un peu partout.
C'était vraiment un coin sympa pour s'y poser un peu.
Un peu plus tard, on a poussé jusqu'au phare de Smoky Cape.
En saison, on peut apparemment observer les baleines qui migrent, depuis cet endroit.
Mais on a eu beau observer, ce ne devait pas être la saison.
J'ai eu quelques craintes par contre, en observant Liam observer la côte plus au sud, et les vagues.
Mais en fait non.
On a poursuivi jusqu'à arriver en face de Port Macquarie, sans qu'il ne veuille s'arrêter pour surfer.
Là, ça lui a cependant repris (désespoir), il s'est engagé en voiture sur des jetées et des endroits un peu paumés, pour aller observer les vagues, alors même que les ombres se faisaient déjà longues.
Finalement, on a traversé la Hastings River à bord du ferry, et on s'est trouvés à Port Macquarie même.
Après un arrêt du soir devant la plage, on a continué à rouler, en quête d'un endroit pour la nuit : on avait vu dans le guide un camping dans un parc national.
On y est arrivés à grand peine, à cause de déviations et de nuit tombée et de chemin pas très bien indiqué.
Il y avait déjà des gens, qui avaient fait un grand feu, des amis en vacances là pour une semaine.
C'était bizarre, une forêt pas très loin des villes, mais un camping perdu au tout milieu de la forêt, et ils étaient venus là pour la semaine, pour pêcher et randonner. Comme perdus, mais pas très loin.
Liam était fatigué, après que l'on ait fait la tente il s'est aussitôt couché, bien emmitouflé dans les couvertures. Je précise que, le duvet de Liam était tout fin et tout nul, je partageais généreusement le mien (ainsi que ma couette), et tout était arrangé comme des couvertures.
Cette nuit-là, il faisait tellement froid que je n'arrivais pas à dormir. Quand j'ai essayé de tirer un tout petit peu les couvertures à moi pour colmater le grand vide froid qu'il y avait sur mon côté entier, je me suis entendue appeler "voleuse de couverture" par Liam, sur un ton amusé et narquois et paternaliste. Je me suis donc relevée à grand fracas (fureur) pour aller chercher mon manteau dans le 4x4, et essayer de me réchauffer pour dormir avec.
Liam ? Il roupillait comme un nouveau-né.
C'est donc d'excellente humeur que le soleil m'a vue me lever, et pour une fois, retournement de situation : c'est moi qui ai pris mon petit déjeuner égoïstement seule, sans attendre qu'il soit là.
On s'est arrêtés ensuite à Pacific Palms, où Liam a ... surfé. Sur la dune de sable.
C'était la plage en hiver, le vent était froid mais le soleil brillait, et il y avait juste là l'habituel pêcheur.
Juste après, on est montés jusqu'au phare de Sugarloaf Point.
Une belle vue, un beau phare.
Un vent à décorner les bœufs.
Et un gardien de phare qui ne manque visiblement pas d'humour :
| Adultes hyperactifs et enfants : ne pas courir, merci |
Là non plus pas de baleines, on a donc continué notre chemin jusqu'à mon premier campement, One Mile Beach.
Il venait de pleuvoir, le ciel était menaçant, et il n'y avait personne.
On était tranquilles.
Le lendemain, le jeudi 28 juillet, on est allés visiter une brasserie locale.
C'était intéressant, et on a fini la visite par une dégustation des différentes bières.
| Attention ! Ceci est une zone non-fade ! Entrez seulement si vous n'avez pas peur du goût ! |
On a trainé ensuite un peu à Nelson Bay, la petite ville avoisinante.
Le soir, on est retournés camper à One-Mile Beach.
Nous n'étions plus seuls pour le repas : un couple de possums nous tournait autour, dans l'espoir de chaparder quelque nourriture.
Je terminerai ce morceau avec la dernière fureur du voyage.
Le vendredi matin, il faisait glacial, c'est-à-dire que mon souffle faisait un nuage dans l'air, le nutella était plus solide que jamais, tout ça.
Et Liam a eu envie d'aller surfer là, au lever du soleil.
Après avoir vaguement essayé de le dissuader, je me suis rendue compte qu'il avait l'air vraiment motivé, alors je me suis dit que j'allais y aller avec lui, pour partager ça, pour une fois, au lieu de me morfondre comme d'habitude sur le bord pendant des heures en l'attendant.
De plus, les vagues étaient de petite taille, c'était des conditions parfaites pour moi, si ce n'est qu'il faisait ultra-froid et que ma combinaison est à jambes courtes...
Le temps de mettre mes lentilles, j'ouvre les yeux, il avait disparu.
J'ai cru qu'il était parti aux toilettes.
Cinq minutes plus tard, alors que j'étais en train d'enfiler ma combi tranquillement, je me rends compte qu'il est parti, en fait.
Je vais voir sur la plage, je l'aperçois loin, loin, très loin en train de marcher, en train de s'éloigner, sa planche sous le bras.
Fureur.
Ultime et terrible fureur.
Je vais pour me jeter à l'eau glaciale afin de partager des derniers moments avec lui, et lui, se barre (loin), sans m'attendre. Comme d'habitude.
Fureur terrible.
Au point où j'en étais, j'allais y aller, j'étais déjà dans le froid, en combi, prête.
Je suis retournée au 4x4, ai pris ma planche et suis allée à l'eau.
Il faisait glacial dehors, et l'eau était à peine meilleure.
Pour indication, c'était il y a un an tout juste, et aujourd'hui les températures là-bas sont : min 8°C, max 16°C (bien sûr je vous laisse imaginer qu'au lever de soleil on était plus proches du 8 que du 16), et température de l'eau 18°C.
Au point où j'en étais, je pouvais me chopper une hypothermie que ça m'était égal, au contraire, ça m'arrangerait presque. (punition !)
Bien entendu, je grelottais, je sentais de moins en moins mes pieds, et impossible d'arriver à faire un truc potable sur la planche. J'étais en état de fureur incontrôlable, ça devait être drôle à voir. Un gigantesque caprice. Je criais, insultais, fulminais toute seule dans l'eau, le voyant barboter au loin, lui jetant des sorts terribles, tremblant de froid en même temps.
Il a fallu que je me calme du mieux que je pouvais quand un autre longboarder est vu se mettre à l'eau à côté de moi, histoire de conserver un minimum de dignité, mais ça me faisait une autre raison de rager : il me piquait mes vagues !
Liam a fini par me voir, il est lentement venu dans ma direction, et cet abruti a cru bon d'essayer la rigolade pour me faire passer ma colère. Raté. Ensuite il a essayé de me raisonner, en prenant un ton un peu autoritaire. Raté. D'autant plus qu'il insistait sur le fait qu'il ne faisait pas froid, alors que ça faisait 10 minutes que je ne sentais plus mes pieds, et que mes mains étaient en train de devenir entièrement blanches.
De peur des engelures, je suis sortie de l'eau, retour au 4x4. J'ai pris une douche froide dont l'eau m'a parue tiède, c'était ma récompense :)
Un peu plus tard, enfin presque réchauffée, on est partis vers Sydney, et on a croisé sur le chemin un panneau indiquant la température, à 11 heures du matin : 12 degrés.
Je m'en souviendrai longtemps.
Ensuite, on est arrivés à Sydney.
Le départ se rapprochait.
On sent que plus ça va et plus tu l'aimes ce Liam !! tu as eu un sacré courage de le supporter !
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