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samedi 1 octobre 2011

Peur sur la nuit ...

Or donc, Liam et moi, on avait grillé l'option "dormir en ville avec le Patrol".
La Kirravelle allait être au garage entre ce jour-là et le lendemain, pas donc possible d'y dormir.

Il fallait trouver ailleurs.

Avant de s'éloigner de Cairns, on a trainé autour de l'Esplanade un petit peu.



De l'autre côté de la baie, il y avait les montagnes.
Dans la baie, un bateau.







Et puis, on est partis, j'avais dit à Liam qu'à Kairi on pouvait dormir facilement, alors on a pris cette direction.
Ca faisait quand même près de 80 kilomètres, donc on a eu le temps de bifurquer avant.


Kairi c'est largement en-dehors de la carte, en bas à gauche

On est passé par des petites routes juste en-dehors de la banlieue de Cairns.
Il y avait des champs de canne à sucre, plein, partout, et des rails de chemin de fer de transport de canne.



Liam est sorti de la route, longeant les cannes, dans l'espoir de trouver un coin un peu caché pour se poser. Mais ça semblait un peu risqué quand même, on aurait pu tomber nez-à-nez avec un tracteur au petit matin...



Et puis, au bout d'une route, on est arrivés près d'une rivière.



Il y avait un petit chemin à gauche, avec des gens visiblement, et un petit chemin à droite.
On est partis à droite.



Là, il y avait une petite clairière coincée entre les arbres, la rivière et les champs de canne derrière nous.
L'endroit semblait calme, au bout de nulle part.

On a décidé de tenter notre chance là.
C'était l'après-midi, on a commencé à vaquer à nos occupations : lecture pour moi, bricolage pour Liam.

Peu après, un pick-up est arrivé, duquel est descendu un homme en veste fluo, visiblement un travailleur de la commune. On a discuté un peu avec lui, il venait poser des paniers à crabes (des filets en forme de panier pour attraper des crabes, avec des restes inutilisables de chez le boucher comme appât), on lui a demandé si on pouvait dormir là.
Il a répondu qu'il pensait, oui, et que de toute façon pendant la journée, si on avait une canne à pêche ou quelque chose comme ça, on pouvait la sortir et prétendre pêcher, et que du coup, personne ne pourrait rien nous dire à ce moment.

Mais, il a dit, attention, dans la rivière là, il y a un couple de crocodiles, des salties (les dangereux). L'autre jour il était allé pêcher sur le banc de sable un peu plus bas, et il s'était aperçu qu'il y en avait un dans l'ombre qui le regardait, alors il était vite parti sans demander son reste, et n'y avait pas remis les pieds.

Il a posé ses paniers à crabes, et est retourné travailler.

Alors Liam a sorti sa canne à pêche, et l'a installée à l'avant du 4x4.



Moi, j'ai continué à faire la fainéante sur le toit.
Il n'avait pas d’appât, alors il a essayé de mettre des bouts de pain dur et d'ail, mais bien sûr, ça n'a pas marché.

La berge de la rivière était haut perchée, il y avait un petit à-pic entre le niveau de là où on était garés, et l'eau. Peut-être 4 ou 5 mètres, une petite falaise.
Sur la droite un peu plus loin, il y avait un chemin qui descendait à l'eau en pente douce.

On était très occupé à ne rien faire, chacun de notre côté (non en fait, Liam ramasse les déchets qui trainent un peu partout où il va, donc on a fait ça, rempli un bon gros sac poubelle, on s'est dit que si un ranger venait nous embêter, ça permettrait peut-être de l'amadouer, et puis après on s'est posés tranquilles), quand le ton a monté, du côté des gens qui étaient pas très loin à gauche.
On les entendait s'amuser, mais là, l'ambiance avait changé. On entendait des voix qui criaient, on y entendait de l'excitation et peut-être un peu d'alerte... et sortant de ce brouhaha, on pouvait nettement distinguer le mot "Crocodile ! Crocodile !" lancé à plusieurs reprises...

Et puis y a un gars qu'est arrivé de notre côté, il parlait tout doucement à Liam et moi je ne comprenais rien, et le gars, il pointait l'eau et faisait des gestes avec ses bras, comme pour dire : grand comme ça. ...

Il y avait donc un crocodile, ici, maintenant, assez gros pour susciter tout cet agitement, et le respect craintif du vieil homme.
Des filles sont arrivées pas très loin, se sont frayées un passage dans les arbres de la berge pour tenter de voir quelque chose. Alors, l'excitation du groupe m'a gagnée, et je suis descendue du 4x4 pour les rejoindre.

Je ne voyais pas.
Je ne voyais rien.
Juste l'eau, quelques infimes remous, les branches basses des arbres au-dessus de l'eau, et les fils des paniers à crabe qui y étaient accrochés, avec la viande dedans.

Et tout d'un coup, le fil du panier à crabe qui se tend, se tend, la branche à laquelle il est accroché qui ploie... Et ça relâche.
Et ça recommence.
Mais on ne voit rien, le crocodile est dans l'eau. Autour de moi, on s'agite, tout le monde commente et montre du doigt ce qu'il y a à voir. C'est bien d'être avec d'autres gens. Eux ils sont d'ici, ils savent, ils n'ont pas l'air d'avoir trop peur, c'est plutôt un peu comme un spectacle. Et puis leur excitation est contagieuse, c'est un peu comme un jeu en fait : essayer de voir le crocodile.

Et puis, bon. Plus rien.
Le crocodile était peut-être parti, alors les gens de l'autre groupe sont retournés de leur côté, et nous aussi, et je suis remontée sur le toit.


Quelques minutes plus tard, je levais les yeux par hasard de mon bouquin, quand, du haut du 4x4, j'ai senti mes sangs se glacer doucement.
J'ai appelé Liam.

Il était là, le crocodile, en long dans la rivière, il avait fait surface, il était grand et gros et je n'ai eu qu'une minuscule seconde pour le voir avant que, forme sombre, sans bruit et sans remous, il s'enfonce à nouveau dans l'eau verte et disparaisse.

J'ai attrapé mon appareil photo, et j'ai guetté. Peu après, il apparaissait face au 4x4.




Une fois, comme ça, de très longues secondes à nous regarder sûrement, et puis, à disparaître à nouveau.

Et puis une deuxième fois, encore plus face à nous, encore plus pour nous dire : je vous ai vus...



La bête, le monstre.




Ce n'était plus du tout de l'excitation maintenant, c'était une peur glaciale que je ressentais.


Si vous regardez bien on devine la vraie taille de sa tête dans l'eau autour de ce qui dépasse...

On était au milieu de nulle part et plus exactement près d'une rivière avec un crocodile qui s'était acharné pour manger les appâts des crabes sans aucun bruit, et on allait dormir là...
J'espérais vaguement que Liam dise qu'on allait partir ailleurs, mais il était déjà tard et on savait qu'ici, on pouvait dormir sans problème.

A part qu'il y avait un crocodile, et malgré la petite falaise qui nous protégeait, il y avait quand même un chemin en pente douce qui descendait à la rivière. Donc en regardant la chose du point de vue, par exemple, d'un crocodile qui passerait par là, un chemin qui montait en pente douce de la rivière...

Le soir s'est couché, je n'en menais pas large.



On avait fait un feu pour éloigner le mauvais sort, monté la tente sur le toit du 4x4.
Liam ne voulait pas me laisser m'éloigner pour aller faire pipi... Il montait la garde avec sa hache.



Pour dormir, il avait pris la hache avec nous sur le toit.



Je m'imaginais me réveiller en pleine nuit sous l'assaut des crocodiles, ou au matin pour les découvrir qui tenaient un siège en bas de l'échelle, mais non.
Les appâts de la veille avaient du lui suffire.

Le jour s'est levé tranquillement, les champs couverts de brume.
Il faisait froid.




Petit déjeuner et rangement plus tard, il a été temps de repartir vers Cairns afin que je récupère la Kirravelle.

Elle était réparée en partie, comme prévu, j'ai été délestée d'une partie des sous que je venais de recevoir, et on est retournés se garer sur l'Esplanade profiter du luxe qu'elle offrait : eau courante pour la vaisselle, toilettes et douches, tout ça.


Sur le parking où on allait, il y avait un gars, un australien aux cheveux blancs qui formaient deux grosses dreadlocks, qu'il s'était arrangées sur la tête comme une couronne toujours en place. Ses yeux étaient bleus et on les sentait brillants de malice, il était tanné par le grand air.
Il vivait dans son 4x4, avec un petit chien.
C'était un de ces Australiens qui ont choisi ce mode de vie sans attache, avec les rives de leur pays pour uniques frontières, et l'immensité en-dedans à découvrir et parcourir.

Ca faisait déjà deux fois qu'on le voyait, et qu'avec Liam il parlait voitures et voyages.
Liam, son plan à lui, c'était de traverser le Nord du pays pour rejoindre la côte Ouest.
Alors, le gars lui montrait des photos de voyages dans la région, de traversées de rivières, tout ça.
Et puis il nous taquinait, à chaque fois il demandait pourquoi je n'irais pas avec Liam, on lui répondait qu'on n'allait pas le même chemin, et il essayait de me persuader d'aller avec lui.
Du coup, Liam s'y est mis aussi.
Mais moi, il me restait à peine un mois avant de reprendre l'avion, à Sydney, et il me restait la côte Est, que je voulais faire.


Et puis ce jour-là, on en a vraiment discuté, Liam et moi.
Et finalement, il a décidé de descendre la côte avec moi.

Le nouveau plan, c'était donc, que je vende le van, et on irait à Sydney avec le 4x4. Ca ferait des économies d'essence, et Liam n'avait pas assez de sous pour l'essence nécessaire pour traverser le pays, ça lui éviterait donc de tomber à sec au milieu du désert. Le long de la côte, il pourrait donc chercher du travail pas loin d'une plage où il pourrait surfer.

On est donc retournés, van et 4x4, à la rivière au crocodile.



J'ai passé l'après-midi à nettoyer la Kirravelle pour la rendre présentable, à l'aide de ma dernière éponge à vaisselle et de toute l'eau que j'avais en bouteilles et bidons.

Elle était belle comme un sou neuf.



Pendant ce temps-là, Liam étendait une lessive de mes habits (honte) qu'il avait faite à sa méthode : un bac plein d'eau savonneuse hermétiquement fermé, les habits dedans, quelques heures de route qui remuent tout ça, un rinçage et un essorage rudimentaires à la main, et le tour était joué.




On a repassé la nuit là, à mon goût mieux à l'abri dans le van, et le lendemain, pour ne pas tenter la chance trop longtemps au même endroit, on est partis à Kairi.

3 commentaires:

  1. peydiere florence2 octobre 2011 à 19:05

    Si Kenneth Cook pouvait lire ces pages savoureuses, pour sûr, il en ferait une nouvelle.

    merci pour les photos de Liam que nous connaissons désormais un peu mieux.

    grosses bises la parisienne et encore thank pour tes photos et tes textes

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  2. Je n'imagine même pas comment on peut fermer un oeil dans des conditions pareilles...
    Bien sûr, tout le monde sait que les crocodiles ne savent pas grimper aux échelles.
    Mais bon. Quand même.

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  3. C'est impressionnant le coup du crocodile !!
    Je sais pas comment tu as pu dormir là (enfin si je sais, avec un Liam sous la main, on pourrait toutes dormir entourées de crocodiles ;) ).

    des bisous !

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