Attention Fixou, tu ne veux pas tout voir ici !
Bibsa, j'ai noté les araignées, ici on va voir du serpent : avis ...
Bibsa, j'ai noté les araignées, ici on va voir du serpent : avis ...
Je reprends là où j'avais laissé l'histoire, entre les dips et les crests des routes sauvages du Nord-Est de l'Australie, à bord d'un 4x4 conduit par un Canadien mécanicien, rencontré bien à propos alors que mon van, comme mon moral, commençait à battre de l'aile...
Alors qu'on était partis en weekend à Cooktown, sur un coup de tête, on a décidé de poursuivre jusqu'à Cape York.
Juste un petit détour.
De presque 800 kilomètres.
Aller simple...

Mais, soyons fou, c'est l'occaze ou jamais.
Et puis, le Lonely Planet dit que le voyage jusqu'au cap "compte parmi les plus beaux trajets en 4x4 du continent. C'est l'un des endroits les plus sauvages et isolés du pays"... bla bla bla.
Donc, soyons fou.
Ça a commencé fort, peu après avoir quitté Cooktown. Après un peu de route, on est arrivés aux Endeavour Falls, situées au fond d'un "tourist park", un camping.
(Endeavour est le nom du bateau du Captain Cook)
L'accès en était gratuit.
On s'est avancés sur le petit chemin qui menait aux chutes, et on a rencontré un premier panneau :
Vous sortez du camping des chutes Endeavour.
Au-delà de ce point, le camping n'est plus responsable de rien.
(s'il y avait un Monopoly Australie, ça pourrait être une case carte Chance...)
Et trois arbres plus loin, ô surprise, se trouvaient deux autres panneaux expliquant le premier :
Mieux vaut deux fois qu'une.
Au cas où quelqu'un aurait quand même envie d'un plouf.
Au cas où quelqu'un aurait quand même envie d'un plouf.
Armée de ma maintenant légendaire méfiance du fourbe crocodile, je ne me suis approchée de l'eau qu'à ça :
En plus, il y avait de la boue et des racines par terre, qui auraient compliqué la retraite en cas d'attaque soudaine... Liam a été, bien entendu, un peu plus (trop ?) courageux.
Mais la lumière déclinait maintenant rapidement dans le sous-bois, il fallait s'en retourner à la voiture pour chercher un endroit pour la nuit.
Joli, le Tourist Park !
On a repris la route et continué dans la direction de Laura. On s’est arrêtés dès qu’on a pu, sur le bord d’une route de cailloux, perdue dans les collines et la forêt.
L’endroit ressemblait à une petite carrière, mais c’était juste un espace sans arbres, comme une aire sur le bord de la route, avec un sol de pierres de sable, à l’allure solide comme du roc mais en réalité extrêmement friables.
On s’est camouflés là comme on pouvait, on a mangé des haricots en boite, et on a monté la tente sur le toit.
A chaque voiture qui passait, nombreuses malgré le coin apparemment éloigné de tout, j’avais peur qu’ils nous voient et qu’on se fasse déloger, mais la nuit est passée tranquillement.
Le lendemain matin, on a décampé sans tarder.
La lumière oblique, passant dans la poussière remuée par les véhicules sur la route, était mystérieuse...
La route a commencé à se faire plus sauvage.
Des traversées d’eau sans pont, plus larges que ce qu’on avait fait avant Cooktown, se sont présentées, et je restais toujours sagement dans la voiture pendant que Liam vérifiait la praticabilité du passage.
On roulait à travers des endroits totalement paumés, et tout ce que l’on pouvait voir, lorsqu’on prenait un peu de hauteur, c’était de la forêt à perte de vue.
Après avoir traversé quelques gués,
Avoir créé des nuages de poussière rouge sur des routes sans fin,
On est arrivés dans le Lakefield National Park, où, apparemment, mieux vaut ne pas faire trempette :
On a vu un panneau indiquant quelque chose comme « Horseshoe Lagoon », alors on a tourné.
Le chemin de sable, ou plutôt les traces de roue par terre, menait au bout de quelques kilomètres à une clairière près d’un plan d’eau, parsemé de nénuphars.
C’était joli.
Mais je n’arrivais pas vraiment à en profiter.
Regardez cette belle herbe verte, à gauche !
Hé bé non, ce n’est pas de l’herbe, tout ça ce sont des plantes sur l’eau… Le piège, quoi. Et les crocodiles, qui attendent la gueule ouverte juste dessous…
On a pris le petit déjeuner là, et on est repartis.
Dip !
On voulait aller à Laura, la dernière ville sur le chemin avant la grande traversée de la péninsule vers le Cap.
On n'y était pas encore, il fallait avant traverser des cours d’eau avec pont, des cours d’eau sans pont, salir la voiture…
En plus des éclaboussures s’ajoutait la poussière soulevée sur la route.

On était encore loin du but :
Cooktown est en bas à droite en 1, Laura à peine plus loin sur la gauche en3 ...
Cooktown est en bas à droite en 1, Laura à peine plus loin sur la gauche en3 ...
Et surtout, il fallait qu’on s’arrête à Laura pour ranger le coffre.
En effet, dans les dips et crests et cailloux des pistes 4x4 des derniers jours, l’étagère de bambous avait bougé.
Que dis-je, s’était effondrée.
D’abord, les bambous avaient séché, rétrécissant au passage, et comme ils étaient maintenus entre eux par de la cordelette, celle-ci était maintenant détendue, et tout partait n’importe comment.
Toiles d'araignées dans les arbres...
A Laura, qui était plus un petit village qu’une ville, on s’est arrêtés sur la place principale, sous un arbre, et on a entièrement vidé le coffre.
Et puis, Liam a détressé les bambous et la ficelle, et il a réfléchi à un meilleur moyen de faire tout tenir ensemble.
Pendant ce temps, j’ai démêlé la ficelle, préparé le repas, on a mangé.
Ensuite, pendant qu’il remontait tout, j’ai lavé la vaisselle, lavé la glacière, essayé de trouver une place à ce qui se trimballait en vrac.
Et on a tout remis dans le coffre.
La fin de l’après-midi se profilait.
C’était l’heure des perroquets.
En groupe dans les arbres ou alignés sur les fils électriques, on ne pouvait pas les louper.
Ils faisaient un sacré boucan !
Le patron de la station-service leur a jeté des graines, et ils se sont précipités dessus.
Une meute piaillante.
On a fait le plein et on est partis.
On pensait retourner comme au petit-déjeuner, dans le Parc National, camper pour la nuit.
Mais on a loupé la bifurcation.
Après avoir passé deux fermes et s’être dit : bizarre, on ne les avait pas remarquées le matin ... , on est arrivé à un pont au-dessus de la Laura River. Sauf que le matin-même, on avait traversé la Laura River à gué.
Ca, c’était sur.
Alors on a fait demi-tour et fini par trouver la bonne route.
La nuit est tombée, on n’y voyait plus grand-chose, et on a percuté deux kangourous qui ont stupidement bondi au-devant du 4x4 au dernier moment.
Un peu traumatisés, on a ralenti le rythme pourtant pas excessif, jusqu’à s’arrêter au premier lieu de camping qu’on a trouvé, au bout d’un chemin étroit comme le matin-même.
(N°4 sur la carte plus haut)
On ne voyait rien.
La nuit était noire, on savait qu’il y avait un point d’eau quelque part, mais on ne le voyait pas. J’avais hyper peur. Heureusement, il y avait une autre voiture de campeurs, ça ne devait pas craindre tant que ça.
On n’avait pas pu repérer les lieux avant la nuit, alors la sortie pipi à quelques dizaines de mètres était un peu comme une sortie kamikaze…
En plus de ça, je me faisais bouffer par les moustiques.
Insupportable.
Je suis allée me coucher aussitôt les raviolis avalés.
Le lendemain matin, les arbres filtraient joliment la lumière, nous laissant découvrir un coin qui avait l'air parfaitement paisible, avec un marais un peu plus loin.
Qui avait donc l'air parfaitement paisible, mais qui cachait quand même un tas d'os au pied d'un arbre...
Mais c'était beau dans le petit matin, et beaucoup plus rassurant qu'en arrivant en pleine nuit...
On a poursuivi notre chemin, et non loin de là, on s'est arrêtés près d'un pont.
Liam voulait essayer de pêcher.
Moi, j'essayais juste de pas tomber entre les lattes du pont...
Quand Liam a jeté l'éponge (de toute façon je n'en aurais pas mangé, d'un poisson sortant de cette eau...), on est repartis, et j'ai voulu changer la musique de l'autoradio, et là : pfiouutt.
Plus rien.
Super, j'avais fait sauter les plombs...
A la station service suivante, après avoir trouvé la source du problème, il est allé voir s'ils avaient des fusibles à vendre, il est revenu avec pour un petit dollar à mon grand soulagement (je me sentais un peu comme miss catastrophe...), et il a réparé ça pendant que je préparais une petite salade.
On a bien pensé à cueillir une dinde pour le dîner, mais il y avait trop de témoins.
Un qui se fichait bien des témoins, c'est cet émeu qui est venu renifler mon assiette, et qui m'a suivi autour du 4x4 alors que je tentais de le semer...
Sale bestiole !
Juste à cause de lui, j'étais bien contente qu'on se remette en route.
Plus loin, on est arrivés à Musgrave, une station avec essence, bar et snack, et 2 maisons.
Et une piste d'atterrissage.
Avec des vaches dessus...
A ce moment-là, on était à ça de loin de tout le reste du monde :
Encore 570 km jusqu'au top, 280 depuis Cooktown et 450 de Cairns.
Il y avait un peu la queue à l'essence, alors on est allés acheter une ginger beer en attendant, et puis ça a été notre tour :
Et de retour sur la route pleine d'ondulations...
Ces ondulations, c'était vraiment pénible, ça faisait vibrer tout le 4x4, alors Liam roulait plus souvent dans le sable du bas-côté que vraiment sur la route.
Et puis on a vu notre premier dingo, chien sauvage australien :
Et pour ne pas se faire piéger comme la veille par la nuit et devoir dormir n'importe où, on a décidé de s'y prendre à l'avance, et on a commencé à surveiller les abords de la route.
On pensait avoir trouvé un coin tranquille dans une vraie carrière qui semblait abandonnée, et on avait commencé à déballer la tente pour la faire sécher de l'humidité de la nuit précédente, quand 2 mecs en 4x4 sont passés et ont jeté au passage, ni bonjour ni merde, mais "Private Property".
On avait pourtant fait attention, et vu aucun panneau l'annonçant, mais bon, puisque c'était apparemment propriété privée et qu'on était accueillis à bras ouverts, on a décidé de ne pas abuser de leur hospitalité et de partir trouver mieux.
Et mieux, on a fini par trouver, dans une clairière légèrement en retrait et en contrebas de la route, un endroit où des braises étaient encore chaudes pour faire du feu.
(N°5 sur la carte plus haut)
Il y avait des traces d'animaux par terre, on a décidé par prudence de mettre la tente sur le toit, histoire de ne pas être attaqués par une horde de cochons ou un troupeau de vaches au cœur de la nuit.
Quand le soir est tombé, les perroquets se sont mis à piailler dans les arbres alentours, encore et toujours.
Et puis ce fut la nuit.
Le lendemain matin, le ciel était couvert de nuages.
On a poursuivi vers le Nord, en s'arrêtant à l'occasion pour de petites choses à prendre en photo.
Genre, un baril rouillé qui dit : C'est la vie.
Ou un serpent immense.
De loin, le serpent était au milieu de la route, on a cru que c'était une grosse branche. Il était en haut d'une montée. Et plus on s'approchait et plus on prenait de la hauteur par rapport à lui, plus on s'apercevait que ce n'était pas une branche, c'était ondulé, c'était un serpent !
Un énorme serpent, et on est passés vraiment dessus.
Remis de notre frayeur, Liam a décidé de faire demi-tour pour voir si le serpent n'était pas blessé.
Celui-ci s'était écarté de la route vers les broussailles, et Liam, grand fou, est sorti de la voiture pour s'approcher de plus près.
Quelques jours plus tard, après comparaison des photos et de ce qu'on trouvait sur internet, on s'est dit que ça devait être un taipan ou un brown snake, en aucun cas une bonne rencontre...
Nous n'avions apparemment pas été les seuls à faire des dégâts sur la route la nuit précédente :
Et ça a été l'heure de faire le plein à nouveau.
Sur la route de Cape York, l'heure de faire le plein, c'est quand tu passes devant une station.
Si tu la loupes, tu ne peux pas te rattraper après, surtout quand t'as une autonomie de seulement 400 kilomètres... (bon on avait des bidons, ça montait l'autonomie à 600, mais c'était quand même plus simple de faire le plein à la station)
On n'était pas les seuls à partir bien équipés :
Archer River Roadhouse
Un peu plus loin, les abords de la route avaient l'air grillés par le soleil, mais étaient en réalité couverts de la poussière rouge de la route, soulevée par les voitures de passage :
On a trouvé un van comme le mien, avec le pare-buffle et la porte coulissante et tout :
Mais en moins bon état.
On est passés le long de feux :
Un peu flippant dans cet endroit perdu.
Et puis on en a eu marre de la route ondulée, il y a eu une bifurcation vers l'Iron Range National Park, on a vu qu'il y avait un chemin pour revenir vers la route principale sans passer par le même chemin au retour, alors on a tourné.
Ça devenait plus vert, c'était sympa.
Et puis, on est arrivés à un panneau qu'on n'avait pas encore rencontré :
On s'est dit, hmmm, Ford, qu'est-ce que c'est donc que ça ... ?
Et puis la route a tourné, et on s'est arrêtés net.
On s'est dit, ok, là ça rigole plus, on prépare le 4x4 :
On a mis une bâche devant pour repousser l'eau, parce que ce qu'on allait traverser, c'était nouveau pour nous : plus d'eau que d'habitude ...
Et puis finalement, les doigts dans le nez.
Plus on avançait sur cette route, plus s'approchait la chaine de montagnes, l'Iron Range.
Ça changeait du paysage des derniers jours.
On sentait que ce n'était plus seulement vert, mais aussi hydraté.
Ah, avant qu'on ne les ait mangés, je me devais aussi de vous présenter nos deux fidèles compagnons de voyage :
Vanilla wafers and chicken snax,
des gaufrettes à la vanille et des gâteaux apéritif au poulet.
des gaufrettes à la vanille et des gâteaux apéritif au poulet.
Les chicken snax sont à déguster par deux, avec une noisette de Vegemite au milieu pour l'effet sandwich. En vrai c'est bon, et la Vegemite passe bien comme ça !
Au bout de la route, on est arrivés dans une sorte de ville fantôme aborigène, où il y avait une pompe à essence déserte.
Heureusement, on avait les bidons pleins, ça nous servirait pour repartir le lendemain.
On est repartis un peu en amont vers les zones de camping du parc national.
(N°6 sur la carte)
C'était vraiment un coin sympa.
On s'est trouvé une clairière de camping appelée Cook's Hut, où on était seuls.
Liam a ouvert une noix de coco, on a rassemblé du bois pour le feu.
On était au cœur de la forêt tropicale humide.
Voici une photo sur laquelle vous pouvez deviner la plateforme de bambous faite par Liam :
qui évidemment ne ressemble plus trop au chef-d’œuvre du début, comme je vous l'ai expliqué un peu plus tôt...
Et voilà notre clairière :
C'était un endroit parfait.
On a juste eu un moment un peu flippant.
La nuit était tombée, nuit noire sauf notre feu qui formait un petit halo de lumière autour de nous, il y avait les bruits des arbres alentour, des oiseaux et des chauve-souris, et les dindes sauvages qui rôdaient dans le coin, faisant des petits bruits de pas.
Ambiance.
Et soudain, on a vu des lumières. Des gens arrivaient, s'éclairant à la lampe de poche, scrutant tout autour, avançant très lentement et silencieusement.
Ils avaient des fusils.
Ils sont passés près de nous en surveillant toujours autour d'eux, nous ont adressé un signe de tête sans rien nous dire, et ont continué plus loin.
Ce qu'ils cherchaient, on ne l'a pas su.
Mais le lendemain matin, quand je me suis réveillée juste avant l'aube et que j'ai voulu aller faire pipi, une masse sombre dont je ne me souvenais pas, en bas du 4x4, m'a fait y réfléchir à deux fois ... Pour peu que ce soit une bête en embuscade ...
Finalement, ce n'était qu'un bosquet de fougères.
M'enfin, Cape York, on était à peine à mi-chemin, et c'était déjà plein d'aventures...

comment ça fait trop plaisir de te lire !
RépondreSupprimercomment ça fait trop peur les gens avec les fusils !!!
t'en auras vécu des aventures !!
Alors tu as décidé de ne pas rentrer finalement?
RépondreSupprimerEn tout cas merci à toi tu m'as permis de voyager sur place...
bises
Stéphanie (une des voisines de Montrouge)