Attention, quelques araignées ici !
Après la nuit dans l'Iron Range National Park, à Cooks Hut, il a fallu faire demi-tour pour retrouver la grand-route.

On avait donc dormi au numéro 6.
Sur la carte était indiqué un chemin, qui permettait de ne pas faire exactement le chemin inverse, mais de couper un peu.
Il s'appelait "Frenchman's track", le chemin du français.
On l'a cherché, et il s'est avéré plus tard qu'on n'en a jamais trouvé le départ.
On est arrivés sur la portion de route où il était supposé commencer, et on l'a parcourue plusieurs fois (2 km dans un sens, 2 km dans l'autre, et retour encore) en essayant tout ce qui pouvait ressembler à un début de piste.
On a fini par trouver un truc, dans lequel on s'est engagés, et qui semblait vouloir continuer, alors on s'est dit : c'est ça.
C'était joli.
Ah oui, c'était joli, la forêt autour, la piste de terre rouge, puis de sable blanc.
Plus ça avançait, moins ça ressemblait à quelque chose.
On est finalement arrivés devant une bifurcation : un chemin partait à gauche, un autre à droite.
Pour toute indication, un "panneau" :
On a donc supposé qu'il fallait aller à droite.
Cent mètres plus loin, sur le chemin de droite ... :
Un vieux tracteur.
Tout rouillé.
Comme là depuis des années, et même plus que ça sûrement.
Alors on s'est dit que peut-être c'était à gauche, mais à gauche, ça n'allait vraiment pas dans la bonne direction, alors on a décidé de suivre le panneau.
On a contourné le tracteur, et on a roulé à droite.
Le chemin était horrible.
Hyper pentu, hyper déglingué.
Et au bout,
Alors on s'est dit, ben, c'était donc à gauche.
Parce que le fleuve, ben, heuuuu, comment dire... Il était grand. Large, et ça coulait rapide au milieu.
Puis y avait un pick-up sur le bord, qui avait l'air là depuis un bout de temps aussi, mais juste un peu moins vieux que le tracteur plus haut. Des canettes et des paquets de cigarettes vides à l'arrière montraient que la zone n'était pas abandonnée.
Mais enfin, ce n'était pas là, alors on est repartis vers le croisement, et on a pris l'autre chemin, celui qui n'allait pas dans la bonne direction.
Au bout d'un long moment, on est arrivés près d'une sorte de cimetière de voitures. Du pick-up rouillé en veux-tu en-voilà, des morceaux de carcasse, des 4x4 à la retraite. Là, au milieu de nulle part.
Et puis, presque au milieu de ces épaves, une maison, comme faite de tôle elle aussi.
Et une tête, deux, et un bras qui s'agite.
Là.
Au milieu de nulle part.
A une heure de piste de la route, à trois heures de route du début du reste, à des centaines de kilomètres de la première ville.
Deux ados sont venus vers le 4x4, on leur a demandé le chemin.
C'était bien de l'autre côté, la route qui s'arrêtait au fleuve. Enfin, qui ne s'y arrêtait pas, qui continuait après. Fallait traverser, et ils ont eu l'air confiant quand Liam leur a demandé si ça leur semblait faisable.
Alors, ben on est repartis, au croisement on a donc suivi le panneau, et on s'est trouvés à nouveau devant la rivière.
Liam est allé tester la profondeur et la force du courant, et l'état de la remontée de l'autre côté.
De toute façon, il allait falloir traverser, on n'allait pas s'enraciner là.
Ca nous a vachement rassurés quand on a vu les deux ados se pointer en quad, avec deux nénettes, un peu comme au spectacle.
Ils se sont installés sur un promontoire et ont attendu que ça commence.
On a mis la bâche pour protéger le moteur des flots roulants, et on s'est lancés.
Et puis, bon, ben on est passés.
La remontée de l'autre côté était un peu sportive, mais ça a été.
Bon, la fin de la vidéo n'a pas trop d'intérêt, mais on voit bien que la remontée est chaotique
et en plus je comprends même plus ce que je dis à la fin...
à part qu'il fallait enlever la bâche pour pas cramer le moteur !
et en plus je comprends même plus ce que je dis à la fin...
à part qu'il fallait enlever la bâche pour pas cramer le moteur !
Et on a continué de l'autre côté.
De l'autre côté, c'était encore plus vert, encore plus dense.
Entre deux arbres, j'ai vu un énorme réseau de toiles d'araignées, qui formait presque un voile.
Entre ces deux arbres, voyez, toutes les feuilles en lévitation. Elles ne sont pas en lévitation :
Le paysage était changeant.
A la forêt tropicale a succédé un drôle de bois.
Et puis,
Ce n'était même plus la question de s'enraciner, il n'était juste plus envisageable de faire marche arrière.
Ca faisait bien plus de deux heures qu'on s'était engagés sur cette piste, et il fallait continuer.
Je crois qu'ici, il n'a même pas été question de vérifier la profondeur.
C'était quitte ou double.
La bâche, et on y est allés.
(et en plus, ça faisait même des petites cascades, wouhou)
On est passés.
On a juste failli s'ensabler à la sortie, sur l'autre rive.
Alors on a décidé de s'arrêter là pour manger, en plein milieu, mais il n'y avait pas beaucoup de passage...
Liam en a aussi profité pour dégonfler un peu plus les pneus.
J'étais encore une fois un peu sur le qui-vive : si près d'un grand fleuve comme ça, plein de petits arbres partout comme autant de caches, soyons parano, mais je guettais le croco.
Après le casse-croûte, on a redémarré, tout euphoriques d'avoir survécu jusque-là.
La piste était toujours en aussi mauvais état, mais plus rien ne pouvait nous faire peur.
Ah.
Si.
Ce qui pouvait nous faire peur, en roulant à petite allure, fenêtres grandes ouvertes pour profiter de l'air de l'après-midi...
C'était deux belles araignées arrachées sans doute à leur rêverie au passage impromptu du 4x4 en plein dans leur toile.
Il y eut la découverte des monstres, accrochées là-haut sur les bambous du toit, où nous allions dormir le soir-même.
Il y eut le moment d'arrêt du temps, celui où on reste un peu bouche bée, sans vraiment réaliser ce qui se passe.
Et puis il y eut la prise de conscience, le biceps, qui le gauche, qui le droit, travaillant le plus intensément possible dans l'unique but de : fermer . les . fenêtres .
Bah oui, parce qu'on était peut-être bouche bée, mais les araignées, elles, non.
Ca tricotait, ça gambadait, direction le capot, direction le pare-brise, direction..... hiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
Toutes fenêtres closes, on est repartis en fonçant systématiquement dans la moindre branche qui penchait un peu au-dessus du chemin, dans l'espoir que les bêtes y restent accrochées.
Ca a fini par marcher.
Plus loin, c'était une vache joueuse qui courait vers nous au mileiu de la piste.
Les termitières sont apparues, hautes.
Le paysage était étrange, des arbres blancs aux feuilles mortes, des termitières grises au milieu, c'était un peu fantômatique.
Et puis, avec à la fois soulagement et regret, on a retrouvé l'autoroute.
Et sa poussière rouge.
Bien qu'il ne soit pas tard, on était fatigués de ces nouvelles aventures, et on s'est arrêtés aussitôt qu'on a pu, à Moreton Telegraph Station (numéro 7).
Là, il y avait une station historique de la ligne de télégraphe, mais surtout, ils proposaient du camping. $10 par personne, rien que l'idée d'une bonne douche nous a vendu l'affaire.
Parce que la poussière rouge, c'est bien gentil, mais ... ça colle.
Là, il y avait une station historique de la ligne de télégraphe, mais surtout, ils proposaient du camping. $10 par personne, rien que l'idée d'une bonne douche nous a vendu l'affaire.
Parce que la poussière rouge, c'est bien gentil, mais ... ça colle.
On était tous les deux devenus un peu roux, et mes cheveux étaient presque solides.
Notre emplacement était à l'autre bout de cet immense champ.
Aucun risque que l'on se marche dessus avec les autres !
Voyez la petite poubelle au milieu de l'image ? Ben on a campé là.
De l'autre côté, les douches :
Après quelques jours à s'encrasser, c'était plus qu'appréciable !
C'est là aussi, à Moreton Station, que Liam a vérifié son 4x4, et a découvert une fuite, provenant d'une petite fissure dans le "front diff", le differentiel avant.
Genre, le truc qui permet de transmettre aux roues la puissance du moteur, si j'ai à peu près compris. Pas un truc anodin, donc.
Il est parti vers les hangars demander s'ils pouvaient lui prêter une soudeuse.
Oui, mais ça marchait pas.
Ils lui ont conseillé de ne pas poursuivre la route comme ça.
Et il a rencontré un gars, un australien en vacances, mais un mécanicien aussi, qui avait de la pâte époxy avec lui, et qui lui en a filé.
Il fallait qu'il nettoie bien le différentiel, qu'il colle la pâte sur la fissure et qu'il laisse sécher toute la nuit.
Lui, lui a dit qu'avec ça il pourrait continuer sans problème.
Juste ce que Liam avait besoin d'entendre.
L'Australien lui a dit aussi, que le chemin qu'on avait pris n'était pas le Frenchman's track, mais le Pascoe River track. Parce que eux (trois 4x4, 2 familles avec enfants et un ami à eux), l'avaient pris, le Frenchman's, ils avaient bien galéré et même cassé un treuil pour sortir un véhicule d'une passe un peu difficile...
Alors, vu ce qu'on avait fait avec le Pascoe River track, sans même avoir besoin d'utiliser le treuil, on s'est dit qu'heureusement qu'on ne l'avait pas trouvée, l'entrée du Frenchman's !
Pendant la fin d'après-midi, Liam a donc réparé son 4x4, pendant que je me faisais bouffer les chevilles par les moustiques alors que le soir tombait.
Pendant la nuit, une vache est venue meugler pas loin de nous, dans un rêve bizarre.
Le lendemain, on était toujours en vie, perchés sur le toit du 4x4, et pendant que les mouches venaient torturer mes chevilles sensibles, on a repris, encore une fois, la route vers le Nord.
(Et oui, je termine sur cette photo, parce qu'on ne le sait pas assez : les mouches sont vicieuses)
yeahhhhh thank you !
RépondreSupprimerje suis venue ici sans trop y croire et j'ai eu une belle surprise !
j'ai bien aimé le passage où tu dis "on ne va pas s'enraciner" et tu places la photo des racines (oui tu crois que j'allais pas voir ça ? ;) ) tu es devenue une vraie pro !
j'ai fermé les yeux au moment des grosses araignées pas belles, brrrrr !
gros bisous