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samedi 10 mars 2012

The Old Telegraph Track

Or donc, ce matin-là du 15 juin, on a quitté Moreton Station après une douche de plus (c'est quand on en manque qu'on se rend compte de leur importance !).

Les 3 familles d'Australiens avec qui Liam avait parlé, dont faisait partie le mécanicien qui lui avait conseillé de continuer la route, étaient déjà parties.
Ils avaient convaincu Liam que, plutôt que de suivre l'autoroute toute gondolée et poussiéreuse, ça serait autrement mieux de prendre l'Old Telegraph Track, le chemin du vieux télégraphe, une piste qui coupait à travers le bush tout droit vers le nord, faisant fi des obstacles, et suivant comme son nom l'indique l'ancienne ligne de télégraphe.

Ca semblait effectivement plus attractif.
On en avait marre de cette route poussiéreuse et monotone.

Quant au différentiel craquelé, on comptait sur la pâte époxy.
De plus, on avait vu quelque part une affiche vantant les mérites d'un cargo qui voyageait entre Cairns et Bamaga (la dernière ville au Nord) pour aprovisionner le Cap York, et qui prenait à son bord des passagers et véhicules. On se disait que, suivant le prix, on le prendrait pour redescendre.
Vu la distance (un bon millier de kilomètres sans compter les détours), la consommation du Patrol (20L/100km), et les prix de l'essence dans la péninsule (approchant les $2/Litre), ça nous laissait une marge assez importante pour pouvoir l'envisager.



A la RoadHouse suivante, après avoir fait le plein, et admiré les termitières immenses, on a trouvé l'entrée de l'Old Telegraph Track.



Disons que, rien qu'à l'entrée de la piste, j'ai commencé à me poser des questions.
(Quoi ? C'est ça ? Mais ça a l'air tout petit... C'est à sens unique tu crois ? On passe qu'à un de face là !)

Et puis bon. En somme, ça ressemblait assez à la partie sympa du Pascoe River Track de la veille, alors zou.

Sauf que, après 10 minutes de gentille balade en forêt dans les traces de la piste, on est arrivés à Palm Creek.
Palm Creek, c'est un tout petit ruisseau, tout mignon et tout, on s'y baignerait presque.
Sauf qu'il faut y descendre.



Par là.



De haut en bas, je dirais qu'il y avait quatre bons mètres de dénivelée sur une petite quinzaine de mètres de long, ajoutez de la boue bien glissante, bien moelleuse, touillez avec un peu d'eau, creusez quelques ornières, vous y êtes.

Pentu, inégal et glissant, c'était foireux.
Et devinez quoi ?

Entre de potentiels crocodiles, qui n'avaient pas l'air de se cacher dans l'eau peu profonde et bien claire, et une mort certaine par retournement de véhicule, j'ai choisi les crocodiles.
Entre le moment où je suis sortie de la voiture et où j'ai vu le passage, et le moment où la voiture a été passée de l'autre côté de l'obstacle, j'étais dehors. Spectatrice, c'était mieux.

Pendant la descente, j'ai cru que le voyage était fini. J'étais sensée le guider et je faisais du mieux que je pouvais, mais le 4x4 s'est trouvé un peu coincé dans une ornière, légèrement appuyé sur son côté gauche tandis que les roues du côté droit devaient vaguement être décollées du sol. Et puis Liam a donné un coup d'accélérateur, et il a dévalé la pente en cahotant, et au passage l'ensemble du chargement du toit a bougé...

J'étais bien contente d'être dehors.

De l'autre côté, c'était pareil, en moins pire, sauf que ça montait. Donc en fait, c'était pire.
Parce que monter une pente assez raide, couverte de boue, c'est pas du gâteau... Ca a pâtiné pas mal, mais fini par passer.



De l'autre côté, Liam a re-fixé tout le chargement sur le toit.



Le 4x4 était baptisé.



Le ruisseau suivant était différent.

On s'est un peu posés des questions en y arrivant, car face au chemin, il n'y avait que de la forêt de l'autre côté. En fait, il fallait rouler une trentaine de mètres dans l'eau pour trouver l'autre bout du chemin.
Le piège à éviter, là, était de rouler dans les trous d'eau.

Il a fallu sonder le passage en y allant d'abord nous-mêmes, puis on y a lancé la voiture.



Eviter les zones plus profondes, comme à gauche. Et à droite.
En gros, slalomer au milieu !

C'était facile.
On avait quand même mis la bâche, et après le baptême de boue, ce fut celui d'eau profonde.



De l'eau est même passée par-dessus le capot, et quand on s'est arrêtés de l'autre côté pour enlever la bâche, elle dégoulinait des petits torrents d'eau.



Sur la photo ci-dessous, on voit bien sur le plastique sombre, jusqu'où l'eau est montée sur la voiture :



Après ça, on a eu du petit chemin sympathique et sans surprise pendant un moment.



Et puis, on est arrivés à la Dulhunty River, près de laquelle se trouvaient des espaces pour camper. Y étaient installés les familles d'australiens avec qui Liam avait parlé à Moreton Station.



Il était encore tôt dans l'après-midi, mais Liam a décidé de s'arrêter là aussi. De cette manière, on pourrait continuer la route avec eux le lendemain.

Il m'a fallu un bon moment avant de sortir du 4x4.
En effet, il s'était garé dans des herbes hautes, et quand j'ai ouvert la porte, j'ai vu une forme sombre et luisante serpenter rapidement. Inutile de vous dire, j'ai aussitôt refermé la porte.
Un petit quart d'heure plus tard, une nouvelle tentative m'a donné la même vision, alors je me suis faufilée de l'autre côté, et me suis échappée par la porte conducteur.

C'était un peu intimidant, ils étaient en pleine discussion, avec un accent australien terrible, et Liam avait l'air comme un poisson dans l'eau. Moi, je ne comprenais pas tout.
Il y avait en fait deux familles avec deux enfants chacune, et un ami à eux.

Mais bon, ils étaient sympas malgré tout, alors pendant que les hommes s'embarquaient dans une conversation technique, les femmes ont discuté un peu avec moi.

Puis on a déplacé le 4x4 pour une position plus stratégique, surplombant la rivière.



On a monté le camp, et on a rejoint les australiens qui se baignaient.
Liam cherchait de l'or.



De mon côté, assise sur le fond rocheux, j'en profitais pour me laver les pieds de la boue de la journée...



Mais, je vous entends d'ici vous poser des questions... Et les crocodiles, hein ?
Et bien, là où j'étais assise, l'eau était tellement peu profonde que j'en aurais vu arriver à 50 mètres, et là où c'était plus profond... les enfants s'y baignaient. C'est un peu horrible à dire, mais ça me rassurait. Les enfants se seraient fait bouffer avant moi.



Près de l'autre rive, il y avait un drôle de courant blanc, un petit ruisseau d'argile...



L'eau était claire, la température agréable.



La classique photo de pieds prend une nouvelle dimension après 9 mois d'Australie.


Après le bain, on a préparé le repas, fait un feu.
Avant d'avoir eu le temps de me rhabiller, je me suis fait attaquer les jambes par une nuée de moustiques et de taôns, avant même que la nuit ne tombe. Alors je me suis emmitouflée. Ce qui ne les a pas empêchés de trouver le moindre espace de peau disponible, notamment autour des pieds.
Le supplice.

Pendant que Liam allait discuter avec les Australiens, je suis partie me réfugier sous la tente et sa moustiquaire protectrice. La nuit fut peuplée de cauchemars et de pieds brûlant.


Le lendemain matin, en attendant que le feu chauffe l'eau du petit déjeuner, je suis partie re-découvrir les environs.



Petit réseau de toiles et cocons

Petit interlude "Les dessous de l'émission" ou "le making-off", bref, les scènes qu'on ne vous montre pas, ce qui se tait en général, parce que c'est pas glamour. Du tout.
Mais bon, moi je trouve que ça a son importance. Pour que le contexte soit bien compris dans son ensemble.

Donc voilà. Nous sommes dans la nature. Il n'y a rien à des kilomètres à la ronde. A part une station, une roadhouse tous les 3 ou 400 kilomètres. A la roadhouse, il y a des toilettes, c'est cool.
Là, près de la rivière, il n'y a rien.
D'où l'intérêt de l'"exploration matinale".

Normalement, le fait d'être à des kilomètres à la ronde de tout le reste facilite les choses. Il faut marcher un peu, contourner le buisson, passer hors de vue du reste du monde, vérifier qu'on ne fonce pas droit sur une toile ou une bestiole, et hop, ni vu ni connu, un petit coup de pelle et personne n'est jamais passé par là.

Laissez-moi vous dire, quand il y a trois 4x4, plus deux arrivés plus tard, des enfants qui courent un peu partout, une rivière, une végétation pas si dense que ça, et la circulation qui commence le long de la piste, c'est nettement moins facile. Le danger vient de partout. C'est juste pas possible.
Voilà les joies de la vie en voiture.

Fin de l'interlude.


Après un petit plouf matinal, on a repris la piste, suivant les australiens, et on a commencé par facilement traverser la Dulhunty River.



Un dernier petit coup d'oeil à cet endroit paisible ...



Goodbye !



Et la dure réalité revient, à base de piste défoncée.



C'est facile à franchir, tout ça, en fait.



C'est juste que ça penche un peu...



Et puis faut bien viser.



Et puis, on est arrivés comme sur le toit de la péninsule.



J'avais l'impression d'être haut en altitude, sur un plateau, laissant voir à perte de vue l'immensité du bush.



C'était bizarre.



Ce devait être le fait de ne plus être au milieu d'arbres.
Bientôt, on a retrouvé cet environnement qui semblait plus familier, et le ruisseau suivant.

Gunshot Creek.
(le ruisseau du coup de feu)



Gunshot Creek et ses légendes, qui racontent que plus d'un 4x4 y a laissé sa carcasse.



Quand on se retouve pied au mur gouffre, on comprend assez bien pourquoi.
Et de l'autre côté, il y a une sorte d'arbre du souvenir, avec des bouts de voiture, des bout d'habits, des bouts d'un peu n'importe quoi suspendus.



Après Gunshot vu d'en haut, au-dessus, voici Gunshot vu d'en bas, ci-dessous :



Heureusement, au fur et à mesure que l'érosion rend impraticable les voies, les gens s'en fraient de nouvelles.



Mais on ne s'en sort quand même pas indemne...
Pour ce passage, un des Australiens a légèrement accroché sa remorque à un tronc, sans dégâts heureusement, et on s'est tous bien sali les pieds !



Plus près de l'arbre aux souvenirs :



On est remontés en voiture ...



... et repartis pour le prochain Creek à traverser.

Là, c'était plus large, plus profond, et il fallait rouler un peu sur la berge avant de traverser à l'endroit propice.
Bon, comme pour les précédents, on passait en dernier, donc les Australiens balisaient le chemin avant nous...




Un de plus !

Sur la piste, un peu plus loin, on s'est mis à croiser pas mal de monde, je vous laisse admirer les manœuvres ...



Et puis, il y a eu un arrêt "concertation-information" parce que la voiture de tête, qui avait une "cibi", nous a averti qu'on croiserait peut-être bientôt une bande de moto-cross.
En gros, attention, ils pouvaient surgir n'importe quand...



Et on est arrivés à la rivière suivante.



Ok, j'avais été brave depuis la veille, à aller mettre les pieds dans l'eau et tout, mais là, non. Y avait un panneau, un beau panneau jaune qui disait danger, alors pendant que les autres allaient inconsciemment se tremper les jambes, je suis restée à l'abri sur la terre ferme.



Faut pas déconner non plus.

Et c'était bientôt la fin.
Juste le temps de passer devant un lieu un peu sinistre qui s'appelait Sheldon Lagoon :



Et on a retrouvé la grand-route, au bout de la première partie du Telegraph Track.
Après quelques kilomètres de gondolements, la deuxième partie du Telegraph bifurquait, vers Fruit Bat Falls, un endroit très sympa, comme une piscine naturelle avec de petites chutes.

On s'y est arrêtés, et on a fait un plouf.



C'était superbe, une eau limpide et plutôt bonne, aucun crocodile en vue, et de toute façon, déjà plein d'enfants à l'eau ;)



Comment résister ?



Un peu plus loin sur le même chemin, c'était Elliot Falls, tout aussi magnifique.
Là, en plus de la piscine naturelle, il y avait un côté "rivière sauvage" pour les fous qui étaient tentés par le plongeon.
Bien entendu, il a fallu qui Liam y plonge.



C'est vrai que le côté piscine était fréquenté par une horde de personnes âgées.



(Je ne sais pas où ils se cachent, dans mes souvenirs il y en avait beaucoup plus que sur cette photo...)

Pendant que les Australiens continuaient la route, on a décidé de camper là, sur les emplacements proposés non loin des bassins.

Visiblement, les moto-cross avaient décidé pareil. Au moins, on ne se ferait pas de frayeur en se trouvant nez-à-nez avec eux au détour d'une piste...




Pendant la fin d'après-midi, Liam a vérifié l'état du 4x4 et bricolé encore un peu sur la fissure. Le campement était très sympa, plutôt calme.
Et la nuit fut excellente, d'autant plus tranquille qu'on dormait sur le toit et qu'il y avait d'autres gens dans les alentours, j'en ai profité pour y aller des deux oreilles...





Bon.
Je suis vraiment désolée, je n'y arrive pas. J'ai beau faire, ça fait encore un mois et demi depuis le dernier article, et ce n'est pas le prochain qui va arriver plus vite, vu que je pars en vacances 3 semaines...
Je crois que je vais mettre moins de photos, passer un peu plus vite sur l'histoire.
C'est dur de me dire ça, mais c'est aussi dur de revenir sur ces moments-là, et en même temps, je n'ai pas le droit d'abandonner !
A bientôt j'espère, bisous à tous.

3 commentaires:

  1. je te remercie de continuer à écrire et à nous faire rêver ! tu y arrives très bien !

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  2. oui oui il faut continuer! moi j'hallucine a chaque post!

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  3. ... et merci à vous de continuer à lire, malgré les délais toujours plus longs !
    :)

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