Pages

dimanche 22 avril 2012

Cape York : we did it !

Nous étions donc à Eliott Falls, ce matin du vendredi 17 Juin 2011.

Les Australiens qu'on avait suivis ces deux derniers jours étaient partis en avant la veille, on a alors continué tranquillement notre route. Après hésitation quant à la route à prendre, par rapport à l'état fragile du 4x4, Liam a quand même décidé de prendre la deuxième partie du Telegraph Track.

Le premier ruisseau que l'on a atteint était un peu profond, mais juste de la rigolade comparé à ce qu'on avait fait la veille.
Je ne sais plus pourquoi, mais au départ on s'était juste arrêtés pour vérifier la profondeur de l'eau, et en fait on est restés là une petite demi-heure, à patauger, prendre des photos, chercher de l'or...
(Liam s'était mis en tête que la solution aux problèmes d'argent du voyageur résidait dans le fond des ruisseaux sous forme d'une pépite)

Petit ruisseau mignon

C'était vraiment un endroit agréable, l'eau était transparente et chaude comme un bain, les environs charmants.

Ce qui s'appelle une eau cristalline

On est restés là tant que personne ne venait, et puis quand on a entendu un bruit de moteur approcher, Liam a du abandonner sa quête pour libérer le chemin.

Liam cherche de l'or...

On a poursuivi le chemin, rencontré un autre ruisseau facile, traversé, poursuivi, puis on a rencontré une bifurcation qui permettait de rejoindre la route principale.
On l'a suivie, car on avait cru comprendre qu'il y avait une traversée assez difficile un peu plus loin sur le chemin, et maintenant qu'on était tous seuls, on ne voulait pas prendre trop de risques.
De plus, on aurait du quand même retourner sur la grand-route pour traverser la Jardine River, avec le ferry.

Option de rangement ingénieuse. Sauf quand ça se déroule.

Après quelques kilomètres de route gondolée, nous voilà sur le ferry.

Le ferry, après l'heure, c'est plus l'heure. Et il a bien raison.

Traversée un peu inquiétante, ferry petit, eaux qui semblent paisibles mais qui pourtant bouillonnent de vie...

La Jardine River

La Jardine River isole définitivement le Cap du reste de l'Australie.
De ce que j'ai compris, on ne peut la traverser qu'en un seul endroit. Et les camions ne passent pas sur le ferry. La péninsule est approvisionnée une fois par semaine par un bateau qui arrive à Bamaga, depuis Cairns.

On pensait prendre le bateau pour redescendre sur Cairns, on a donc seulement payé pour un aller simple de ferry. Le ticket nous donnait apparemment le droit de camper gratuitement à certains endroits de la péninsule.

Bientôt arrivés au bout du monde !

Au-delà de la rivière, de nouveau la route gondolée, puis l'arrivée dans un semblant de civilisation : une route goudronnée (bonheur ! on ne claque plus des dents à chaque gondole !), des habitations, quelques commerces.

Au bout, on est arrivés à la côte.

La côte au bout du monde. On pourrait dire : désolée.

Il n'y avait personne, c'était bizarre.
Comme si c'était en quelque sorte déserté.

On est allés se renseigner pour le bateau qui rejoignait Cairns.
On s'était dit, (1200km) X (20L/100) X (2$/L) = 480 $ le trajet, si le bateau coûte 300$ par personne max, c'est ok. Ca sera un tout petit peu plus cher que la route, mais on se reposera, et le 4x4 aussi.

Nos espoirs de pieds en éventail furent pulvérisés : le bateau coûtait 800$ par personne, et 500$ de plus pour le véhicule.
Je n'avais même pas 500$ sur mon compte à ce moment-là... On a rigolé jaune 30 secondes, on s'est fait à l'idée de redescendre par la route, et on est passés à autre chose.


On a cherché un moment l'office du tourisme, afin de savoir les endroits où on était autorisés à camper. On a trouvé à Bamaga un bâtiment fermé, et quand je suis allée demander à la station service voisine, on m'a dit que ça faisait 2 ans que c'était abandonné, et qu'il n'y en avait pas d'autre.

Un peu à court d'idées et blasés de la péninsule pour le moment, on a décidé de s'installer là pour la nuit, et au cas où, de ne pas monter la tente pour faire moins "campeurs".

On a fait à manger, fait de l'ordinateur, envoyé quelques emails, enfin reconnectés au réseau après plusieurs jours en pleine nature.

Et puis un petit 4x4 est arrivé et deux personnes en sont descendues.
Dans la pénombre, on ne voyait pas qui ils pouvaient être, alors on a commencé à se dire, mince, on va se faire virer... En fait non, ils étaient un couple de jeunes photographes australiens qui étaient dans la région pour un moment, leur projet actuel étant de photographier les locaux, majoritairement aborigènes, en famille. Le soir même, ils avaient un rendez-vous un peu plus tard, et étaient venus se garer là pour ne pas arriver trop à l'avance.

On a donc discuté un peu avec eux, ils étaient très sympas. Ils nous ont raconté des histoires de la région, et notamment une de crocodiles qui m'a marquée.
Apparemment, un jour le ferry qui traverse la Jardine River est tombé en panne. Le ferry, pour simplifier, c'est une sorte de plate-forme flottante qui se déplace d'une rive à l'autre à la fois guidée et tractée par un (des?) câble(s?). Le ferry était au milieu de la rivière, en panne, il fallait quelqu'un pour rejoindre la rive et remettre la machine en marche. Quelqu'un s'y est lancé à la nage. Il n'a pas atteint l'autre bord. Les crocodiles l'ont choppé au bout de quelques mètres, sous les yeux de ceux présents sur le ferry.

Avec les histoires de ce type, on ne sait jamais vraiment si c'est du vrai, du vécu, de l'ouï-dire, ou une légende locale que l'on sert aux touristes pour les effrayer. Mais je me dis que, comme dans le dicton, il n'y a pas de fumée sans feu...

Ils sont partis, on s'est aspergés d'anti-moustique et on s'est couchés sur le toit, en s'abstenant bien de penser que d'autres bêtes que les moustiques pouvaient piquer (ou mordre).

La lune, qui s'était levée à la tombée de la nuit, a compté les heures à travers le ciel jusqu'à se coucher au petit matin. A chaque fois que je me réveillais, je la voyais à une place différente, et elle me disait qu'il n'était pas encore l'heure de se lever.

La lune, cette montre.

A l'aube, une paupière à moitié fermée par une piqûre (évidemment), on a décampé de Bamaga, direction le Cap, le vrai, le bout de l'Australie.
On a retrouvé nos chemins de terre hors desquels on s'ennuyait définitivement.

On the way to the Cape

Et puis au bout du chemin, on est arrivés devant une plage. On s'est posés là, trouvé un emplacement idéal, et on a pris le petit déjeuner, face à la mer.


On devine le 4x4 derrière le cocotier :

La vraie plage de Cape York - vue vers le campement

Jolie vue pour un petit déjeuner au bout du monde, non ?

La vraie plage de Cape York - vue depuis le campement

La plage était immense, toute ondulée de petites vaguelettes de sable qui laissent deviner que l'eau monte haut avec la marée.

Au moins les saltwater crocodiles avaient du chemin à faire pour remonter la plage.
(mais l'histoire raconte que la nuit, la marée a fait monter l'eau...)

On a passé la journée tranquillement, entre lecture et errance sur la plage, saluant au passage ceux qui passaient. C'était agréable, d'être un peu posés.

Le soir venant, on a suivi le chemin que tous les visiteurs semblaient prendre, qui partait dans les collines avoisinantes.

Coucher de soleil au bout du monde

Arrivés en haut, on avait vue sur la plage en bas, où l'on voyait des gens, tout petits.

En bas, dans la vallée ... il y avait notre camp
(au plus à gauche de la baie sur la photo)

14 400 km de Paris

Le point le plus au Nord du continent Australien !

Le soleil s'est couché, la nuit est tombée.

Le vent fraîchit. (en fait, non)

Liam est rentré en passant par la plage, moi par la montagne.

Le ciel devint violet ...

Le ciel était magnifique.

Pendant la nuit, le vent a soufflé, décrochant des frondes du cocotier près duquel on était. Elles ont frôlé la toile de tente toute la nuit, et associées au clapot de l'eau non loin, ont apporté dans mon sommeil des rêves bizarres.

Réveillés au matin par les lueurs de l'aube, on est retournés sur notre montagne pour assister au lever du soleil.

Lever de soleil à Cape York


Bioutifoul, izeuhntite ?

De retour au campement, on s'affairait au petit déjeuner et à remballer nos affaires, quand...

Le camp

... à 7 heures sonnantes, on a entendu au loin un moteur gronder.
Le premier car de touristes de la journée (là-bas, les cars sont 4x4, haut perchés sur roues, pour passer les chemins de terre) est apparu, déversant une équipe de personnes âgées qui sont toutes allées faire quelques pas sur la plage.

7h du mat : l'Invasion

Là, on a décidé de partir.
La veille, Liam avait eu des nouvelles d'un cousin à lui qui habitait Townsville, quelques (centaines de) kilomètres au sud de Cairns, et qui allait bientôt en partir. Bientôt comme : une semaine plus tard. Il souhaitait au moins le revoir avant ça, donc on est repartis.

Droit vers le sud.

On a dit : on fait pas les fous à l'arrière !


Bye bye Cape York !

On a repassé la Jardine River par le ferry, pour lequel nous n'avions pris qu'un billet aller simple.



Arrivés sur l'autre rive, on a fait de l'essence, on est allés payer... et j'attendais qu'il y ajoute le prix du retour en ferry, approchant les 50 dollars, mais rien du tout... N'en croyant pas la chance, je me suis tue (oui, je sais, c'est mal...) et on est partis.

On a décidé de repasser par le Telegraph Track. On l'avait fait dans un sens, on connaissait, ce serait facile, quasiment aussi rapide que par la grand route gondolée, et sûrement plus agréable.


La petite gadoue

On est arrivés dans l'après-midi au premier ruisseau.
Liam, tout heureux de faire un peu de 4x4, a poussé la chance en voulant s'amuser, a tenu à prendre le passage qui n'était pas le plus évident, et a joyeusement explosé un feu arrière...




Alors, plutôt que de poursuivre plus loin et de devoir payer le camping, ou d'être rattrapés par la nuit, on a décidé de s'arrêter là, tranquillement.

Le camp et son ruisseau-piscine

L'eau était claire et bonne, on pouvait s'y tremper autant qu'on voulait sans craindre quoi que ce soit.

Même sans crocos, on est mieux en haut.

Le FEU de camp.

Avec le soir avançant, les aires autour du ruisseau ont commencé à se remplir d'autres campeurs, chacun saluant les autres, échangeant des tuyaux sur l'état de la piste plus loin, allant se tremper les pieds, chacun allumant son feu de bois.



Le nôtre était de bambou, qui se consume très lentement.



Le lendemain matin, pas de place pour la grasse matinée, avec le réveil général dès les premiers rayons, et les 4x4 bruyants qui commencent à démarrer.

FruitBat Falls

Après un premier arrêt décrassage dans la belle piscine de Fruitbat Falls, et quelques ruisseaux sans importance, on a attaqué le gros de la piste : Gunshot Creek, en le remontant.

Gunshot Creek en le descendant, c'était sympa.
Ok, on savait qu'il y avait plein de cadavres, ok, mais le chemin bis qui était utilisé était cool, ça descendait raide mais pas trop, on se mettait un peu de la boue plein les pieds, et voilà.

A la remontée, ce fut une autre paire de manches.
Déjà, par défaut, remonter est moins facile que descendre.
Ensuite, quand 5 jours se sont écoulés, que le passage a été utilisé, que chaque 4x4 qui y est passé a emporté un bout de la butte sur son pare-buffle, et a boue-ifié la pente...
Et ben la remontée, c'est juste plus possible.

C'est-à-dire qu'on est arrivés, la bouche en cœur (enfin surtout Liam), on s'est avancés face au mur sur un rythme lent mais constant, et là, le pare-buffle s'est simplement planté dans la butte devant nous, pendant que les roues patinaient à grande vitesse, envoyant gaiement la boue par la fenêtre ouverte jusque sur mes joues.

Ok.
Nous étions donc coincés.
Et oserai-je même avancer, nous étions légèrement embourbés.


C'est là qu'entre en jeu ce qu'on avait vu vaguement enroulé à l'avant du 4x4, mais qu'on visualisait pas très bien jusqu'à présent à quoi ça pouvait servir :
Le Treuil.

Voilà, Le Treuil, c'est donc un câble que, dans l'idée, il faut aller accrocher à quelque chose de solide qui représente notre but, qui est fixé par l'autre bout au pare-choc avant, qui a un petit moteur à l'intérieur de lui, qu'on actionne avec une télécommande. Le câble se ré-enroule, rapprochant ainsi les deux parties qu'il relie. La théorie.

En pratique, le premier truc vaguement solide qu'on pouvait trouver en haut de la pente était un tronc d'arbre mort assez éloigné. Le treuil tout seul était juste, niveau longueur. Il fallut donc utiliser une rallonge.

On a mis tout ça en place.
Et puis Liam a pris la télécommande.

Là, plusieurs gros doutes dans mon esprit :
- le 4x4 est planté dans la butte, on n'arrivera jamais à le soulever pour le tirer.
- le 4x4 est trop lourd, la rallonge va céder.
- le 4x4 est trop lourd, si la rallonge ne cède pas, c'est le pare-chocs qui va se décrocher.
- le 4x4 est trop lourd, si la rallonge ne cède pas, si le pare-chocs ne se décroche pas, c'est le moteur du treuil qui va claquer.
- le 4x4 est trop lourd, si tout le reste tient, c'est l'arbre mort (mort!) qui va craquer.


Et voici Le Treuil en action, je vous laisse vous recueillir :





Je vous laisse observer le moment où on a l'impression que les roues arrières vont se décrocher, le moment où vous pouvez voir le petit morceau de butte qu'on a attrapé tomber du pare-chocs avant, tout plein de petits détails sympas comme tout...


Treuillage hors du gouffre à Gunshot Creek

Mais au final, ça a marché.

Une fois arrivé en terrain sûr, Liam a redémarré le 4x4, l'a conduit un peu plus loin, et l'opération ré-ajustage a démarré.

D'abord, rembobiner Le Treuil.

Le Treuil (merci) et encore un petit morceau de butte.

Ensuite, reculer un peu la plate-forme du toit, qu'une collision accidentelle avec un arbre pendant l'opération, avait avancé d'une bonne vingtaine de centimètres (au moins c'était la plate-forme et pas la carrosserie...).

La grosse gadoue

Et enfin, assister au spectacle des autres qui suivaient, et observer les différentes techniques.

Genre lui, là, il est en train de se faire treuiller par un autre véhicule.
C'est-à-dire que le truc supposément solide auquel il est attaché c'est, oui, un autre véhicule...
Foireux, le plan.
Et pourtant, ça a aussi marché.

On a ensuite repris la piste, d'une traite, ou presque.


Juste le temps d'une petite pause photo, pour le paysage ou pour quelque chose qui bougeait dans les broussailles.

Une bête !

Ou histoire de se laver les pieds pleins de la boue de Gunshot dans la Dulhunty River.

Et puis, on est arrivés devant le dernier obstacle du Telegraph Track : Palm Creek.
La première frayeur, et la dernière hésitation.

Palm Creek, la gadoue inquiétante

Et puis, ça aussi, c'est passé.

Emportant tout de même avec lui le second feu arrière dans un beau claquement, le 4x4 est parvenu en haut.


C'était le soir, c'était la fin du Telegraph Track.
On avait encore le droit de camper là, près du ruisseau, alors on en a profité. Les soucis recommenceraient le lendemain.


Le lendemain, troisième jour du retour, on a démarré de bonne heure.


Lever de soleil sur les termites

Ce qu'il restait devant nous n'était plus que de la route gondolée et poussiéreuse jusqu'à Cooktown, alors on a tracé.

Atmosphère lourde, feux.




Ça déménage !

Endless


Ce fut une loooongue journée de route.
Mais quelques stops sur le chemin nous ont apporté un peu de distraction :

Sur la route : avez-vous croisé ces poissons ?
Genre, WANTED, Hors-la-Loi, Récompense offerte.

L'aérodrome, sans les vaches, avec un avion :

La piste d'atterrissage

La collante gadoue

Les magnifiques énormes camions australiens, bien plus beaux à l'arrêt que quand on traverse leur nuage de poussière (quoique, ça a son charme aussi) (traverser le nuage, c'est un peu le moment d'excitation de la journée de route, quand pour une fois tu ne vois plus la route sans fin qui s'étale mornement devant toi).

Double-B

Voilà.
La route sans fin.

Des fois, ça alterne : goudronné/pas goudronné, et on sait pas trop pourquoi.

De retour à la civilisation :

Mardi 21 Juin 2011 : pas de sans-plomb avant jeudi !

Le kookaburra

Et j'étais tellement absorbée à photographier ce kookaburra, pour une fois que j'en tenais un qui ne s'enfuyait pas, que je n'ai pas entendu revenir le conducteur de la voiture près de laquelle j'étais, et celui-ci a trouvé drôle de donner un gros coup de klaxon dans mon oreille droite, et m'a fait faire un bond de 3 mètres...
Ok, c'était, drôle.





La fin de la route, juste avant Cooktown, fut assez marquée par les traversées intempestives de vaches.



De beaux morceaux, qu'il valait mieux éviter...









Et puis, on est arrivés dans les environs de Cooktown.
On a trouvé l'aire de repos dont nous avait parlé l'employée du centre d'informations une dizaine de jours plus tôt.

Il faisait déjà noir, on en avait plein les pattes de la route, les toilettes dégageaient une odeur nauséabonde mais on n'avait pas trop le choix, alors on est restés là pour la nuit, et on a décampé le lendemain matin sans se faire prier.


Mais la suite sera pour une autre fois...

4 commentaires:

  1. Wouahou ! récit plein de poésie et d'aventures à la fois, un vrai régal de lire ça ! Merci.
    j'ai croisé les doigts pour le treuil ! pfiou

    RépondreSupprimer
  2. peydiere florence26 avril 2012 à 14:46

    cette suite , nous l'attendions!!! BRAVO Marion. Tu écris de mieux en mieux, tes mots sur Madame la "lune montre" sont dignes d'un grand écrivain. Je vais parler de ton blog chez Gallimard. Bises et merci

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Trop d'honneurs, trop d'honneurs...
      Enfin, si tu as des contacts ... ;)

      Supprimer