La journée étant déjà bien entamée, nous n'avons pas fait beaucoup de kilomètres.
Mais pour la première fois depuis longtemps, me semblait-il, j'avançais de nouveau vers mon but. Cette fois-ci, nous n'attendions plus rien, nous n'allions plus revenir sur nos pas.
Non, cette fois-ci, nous partions.
Au volant de la Kirravelle, dont j'espérais pourtant pouvoir me débarrasser au plus vite, j'étais emplie de la douce euphorie des départs, et tout me semblait beau.
Je retrouvais avec humilité ces fleuves larges de la côte Est, impressionnants par leur taille, que l'on traverse grâce à des ponts qui semblent infinis.
Je retrouvais avec joie ces petits villages, en fait, ces hôtels et pubs posés au milieu de nulle part, accompagnés de trois maisons, et qui pourtant ne semblent jamais désemplir.
Je retrouvais avec plaisir ces panneaux de bord de route que l'on ne voit nulle part ailleurs.
Je retrouvais avec amusement ces vieux pick-ups remplis de chiens qui ne sautent jamais.
Je retrouvais avec inquiétude ces panneaux omniprésents de prévention routière, qui laissent deviner qu'ici aussi, le route retient son lot de victimes.
Et puis un embouteillage.
En fait des travaux, qui ne laissaient plus qu'une voie disponible sur cette unique route.
Ce qu'il y a toujours, avec les travaux sur la route, c'est qu'on a l'impression qu'une grande portion est condamnée pour seulement une petite portion en chantier, et que plein de gars sont là mais que seuls un ou deux y bossent vraiment.
Souvent, ils sont debout là, une main sur la hanche, et regardent passer les voitures en discutant, répondant sans faute au salut de la main.
Mais ça ne gêne personne.
Parce que petit à petit tout le monde passe sans trop attendre, parce que tout le monde attend sans s'énerver, parce que c'est comme ça.
On s'est arrêtés à Ayr, petite ville connue des backpackers pour être au centre d'un coin de fermes de fruitpicking. Il y a beaucoup d'auberges de jeunesse pour les jeunes qui y travaillent.
On a fait un tour en ville, et j'ai laissé pas mal d'annonces sur les panneaux d'info des backpackers hostels.
Puis on a continué.
A la tombée de la nuit, on a trouvé une aire de repos près d'une station service, où plein de gens étaient déjà installés pour la nuit.
Il y avait une place libre, on s'y est installés.
La nuit ne fut pas très bonne. Il y avait beaucoup de gens, et on sentait qu'on se rapprochait du Sud et qu'on était déjà sur des chemins plus touristiques qu'au-delà de Cairns.
Les gens, en majorité des jeunes comme nous, prêtaient déjà un peu moins attention aux autres.
Le lendemain, on a roulé à peine une heure avant de se trouver à Bowen.
A Bowen comme à Ayr, il y a quelques backpackers hostels.
Ce fut donc notre première pause ce matin-là.
On est arrivés très tôt et on a trouvé à se garer en face de la baie.
C'était beau.
Le long de la promenade, très peu fréquentée, il y avait un bloc toilettes, des fontaines à eau, des tables et des bancs, et de l'ombre.
Il y avait là plein de panneaux informatifs, nous informant donc que c'est à Bowen que le film Australia, avec Nicole Kidman et Hugh Jackman, a été tourné.
Il y avait même un office du tourisme où j'ai trouvé une prise électrique en extérieur.
En plus d'être beau, c'était très pratique.
Le centre ville était à une courte distance à pied, alors quand il fut l'heure, je suis allée à la bibliothèque pour imprimer d'autres annonces pour vendre la Kirravelle.
J'en ai ensuite déposé un peu partout en ville, autant dans les hôtels que sur les panneaux des supérettes.
Puis je suis retournée aux voitures, et on a commencé à attendre un petit peu, le temps de laisser aux gens l'occasion de voir l'annonce.
J'avais du considérablement baisser le prix...
Et puis, j'ai reçu un coup de fil.
Des gens étaient intéressés.
Ils sont venus voir le van, on a discuté, ils ont appelé un ami à eux qui s'y connaissait un peu en mécanique, ils ont regardé, ils ont conduit.
Et ils ont dit : ok, on le prend.
Le temps que je le débarrasse et qu'ils puissent retirer les sous, ça nous menait au lendemain matin.
J'ai donc commencé mon ménage.
| J'aime beaucoup qu'on me balance des œufs sur le van... souvenir de Townsville. |
Du coup, on est restés là toute la journée.
On a rencontré d'autres backpackers en van, avec qui on a bien discuté, et en allant me promener sur la jetée, j'ai vu deux dugongs qui mangeaient non loin (et si vous cliquez sur le lien vous apprendrez que le dugong barbarouffe, même si de barbarouffement je n'ai point entendu).
C'était assez incroyable, après en avoir cherché à plusieurs reprises sur la côte Ouest sauvage, dans des endroits indiqués comme étant des pâturages à dugongs, j'avais perdu tout espoir d'en voir ailleurs qu'à l'aquarium, et pourtant ils étaient là, en train de brouter tranquillement. Avec une vieille dame venue pour sa promenade quotidienne sur la jetée, on les cherchait, on se les indiquait. Elle me disait qu'ils sont du coin, qu'ils viennent régulièrement là.
Et puis ils sont partis.
Ce fut le soir.
Il fallait rester dans le coin pour être au rendez-vous de vente le lendemain matin, mais on ne pouvait pas dormir là, sous le nez de tout le monde.
Alors on a roulé un peu et trouvé un immense parking de plage en gravier.
On s'est garés derrière deux dunes de gravas, et on s'est dit que c'était parfait.
De là, on ne voyait aucune lumière. Ça voulait dire qu'on n'était en vue d'aucune maison.
Mais visiblement, ce n'était pas assez aux yeux du ranger qui est venu contourner le tas de gravas pour nous trouver, aux alentours de minuit, et nous déclarer qu'on ne pouvait pas rester là, qu'il fallait qu'on dégage, et que de toute façon, ça ne servait à rien d’essayer de camper ailleurs dans son comté car il le connaissait comme sa poche et qu'il nous trouverait.
Le problème, à minuit, c'est qu'il est trop tôt pour envisager de ne plus dormir, et trop tard pour aller loin. La nuit, les kangourous rôdent, et ce n'est pas avec les yeux endormis qu'on les évite le mieux.
Alors, on s'est rabattus sur nos ordinateurs, pour voir si on pouvait trouver des tuyaux sur les forums.
En fait de tuyaux, ce qu'on a trouvé, c'était de nombreux messages racontant, en bref :
"Don't try free camping in the Whitsunday shire, particularly the Bowen end of it. In fact they are so actively anti there that most travellers are boycotting the area. We even make sure our fuelling regime is such we don't have to purchase fuel there."
N'essayez pas de faire de camping sauvage dans le comté des Withsunday, surtout pas vers Bowen. Ils sont tellement activement contre ça que la plupart des voyageurs boycottent la région. On fait même en sorte d'avoir assez de carburant pour ne pas avoir à acheter du fuel là.
Ah.
Voir ça à minuit en sachant qu'on doit bouger mais qu'on ne peut pas aller loin, c'est moyennement cool. En gros, on est dans la pire zone possible.
On s'est malgré tout lancés (et tout ce que ce gros naze de ranger a gagné, c'est que j'oublie la poubelle que j'avais sortie du coffre pour la nuit, sur place, au milieu du parking, parce qu'il faisait noir comme dans un four, parce qu'il m'avait donné d'autres soucis que de m'en rappeler).
A la sortie de Bowen, on est passés devant une station service avec une dizaine de gros camions garés, et deux ou trois 4x4 avec caravane.
Emplis d'espoir, on s'est arrêtés, Liam a fait un semblant de plein et à la caisse, il a demandé si on pouvait se garer là pour dormir un peu. Le mec lui a dit ok, lui a indiqué un endroit entre deux camions.
Là, le ranger ne pouvait plus rien, on était sur une propriété privée. On jubilait.
Par contre, on a de nouveau mal dormi, au doux son des camions qui redémarraient au beau milieu de la nuit, ou d'autres qui arrivaient.
Le matin, on a blagué avec le couple de retraités australiens de la caravane d'à côté, qui s'étaient eux aussi fait virer comme des malpropres de l'endroit qu'ils s'étaient trouvé.
On est allés retrouver notre spot devant la baie, et j'ai fini de vider et dépoussiérer la Kirravelle.
Je ne dirais pas qu'elle était propre comme un sou neuf, mais ça faisait très longtemps que je ne l'avais pas vue dans cet état.
Une dernière photo de la Hula Girl plus tard...
... la transaction était faite.
Et je n'étais même pas riche.
En quittant la ville, j'ai juste eu un éclair de lucidité pour me souvenir de ma pochette de papiers, factures, assurances... oubliée sous le matelas... j'ai appelé les acheteurs, je l'ai récupérée, et on a vite filé.
Je me sentais vaguement honteuse, je leur avais laissé le van avec le minimum syndical d'essence, prenant dans chaque ville juste assez pour aller à la suivante, afin de ne pas vendre le van avec un plein d'essence alors que j'étais à court d'argent. De même, la bouteille de gaz pour le réchaud était désespérément vide. *honte*
Et j'avais peur qu'ils changent d'avis !

J'avais aimé voyager avec la Kirravelle, mais ces derniers temps, elle était devenue plus un fardeau qu'une coquille-cocon, et c'est sans gros pincement au cœur que je l'ai quittée.
J'étais libre, maintenant.
Avec 60 kilos de bagages, mais j'étais libre !
J'adoooore le "I love omelette", fabuleux !
RépondreSupprimerJe m'étais beaucoup amusée à le faire :D
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